à la Une

L’arrivée d’un train en gare de La Ciotat

Il s’agit de l’extrait de l’article.

Berrichon par mon père, je suis provençal par ma mère, et précisément de La Ciotat. Mon grand-père en a été l’un des historiens, et son arrière-arrière-grand-père, mon quiquisaïeul, y fut Procureur du Roi avant d’en devenir maire. Cette ville est, dit-on, le « berceau du cinéma », qui possède le « plus vieux cinéma du monde ». C’est donc tout naturellement que j’ouvre ce « blog » avec le premier film, ou presque, des frères Lumière.
Dans l’Avant-propos de son Dictionnaire passionné du cinéma, Laurent Dandrieu (Valeurs actuelles) commence par citer François Truffaut : « Tout le monde a deux professions : la sienne, et critique de cinéma ». Je n’ai personnellement aucune culture cinématographique, je ne suis certainement pas cinéphile, aussi je me garderais bien de qualifier de « critiques » les propos qui vont suivre. Cinéphile, non, mais « cinéphage » sans doute avec, depuis deux ans, plus de deux films par semaine.
Laurent Dandrieu, toujours lui, dit que « le cinéma (…) est un moyen de communication, qui vise à transmettre au spectateur des émotions, de sujets d’émerveillement, de colère, de réflexion, d’empathie ou d’indignation ». Eh bien, ce sont effectivement ces « émerveillements » ou ces « empathies » – parfois… ces « colères » ou ces « indignations » – souvent… en tout cas toujours ces « réflexions », que je transcris d’abord pour moi-même, et que j’ose vous communiquer.
Puissiez-vous y voir, lorsque mes lignes vous choqueront, l’expression légitime de ma liberté du même nom !

Nomadland

A l’affiche : Nomadland,  un long-métrage américain, Oscar du Meilleur film 2021, de Chloé Zhao, avec Frances McDormand (Fern), inspiré du livre « Nomadland : Surviving America in the Twenty-First Century » de la journaliste Jessica Bruder (2017).

Nomadland… Nous étions trois dans la salle, mon épouse et moi, et un troisième individu… une sorte de No man’s land.

Nomadland… Après The Rider (2018), Chloé Zhao nous entraine à nouveau du Nevada au Dakota du Sud, dans l’Amérique profonde, et blanche avec de la country. Mon épouse me murmure – « un film pour Alain Sanders » – qui pense à son « dictionnaire sentimental du Nouveau Monde » L’Amérique que j’aime.

Est-ce un docufiction ? Une entreprise qui ferme ses portes et, avec elle, une ville rayée de la carte.
Un peuple de « sans maisons » qui habite des caravanes ou des vans, et pérégrine dans les grands espaces du centre et de l’ouest américain à la poursuite de travaux saisonniers ou chez Amazon. On pourrait dire des intermittents (« inter mi-temps » ?).
Un film lent, et long (1H50), au cours duquel il ne se passe rien… Mais, sans s’enthousiasmer, on ne s’ennuie pas réellement non plus à contempler ce spectacle « spectaculaire » de paysages presque grandioses.

A part un regrettable petit « discours » sur l’euthnazsie, le film est sain avec une Fern qui continue de porter son alliance par fidélité à son mari décédé.

On avait déjà vu Frances McDormand dans 3 billboards, les panneaux de la vengeance. Elle affiche maintenant sa volonté de faire face, en promenant son sourire dans ce Nomadland au service des « accidentés de la vie », laissés pour compte et marginaux.

Vivement Dimanche !

Art et Essai : Vivement Dimanche !,  un policier français (1983) de François Truffaut, avec Jean-Louis Trintignant (Julien Vercel, agent immobilier), Fanny Ardant (Barbara Becker, sa secrétaire), Philippe Laudenbach (Maître Clément, son avocat), Jean-Pierre Kalfon (le prêtre Massoulier).

Qui suis-je pour « commenter » un Truffaut ? qui suis-je pour penser ce que je n’ose pas vous dire, et qui serais-je d’ailleurs pour vous dire ce que je pense ?

J’allais m’arrêter là lorsque j’ai lu la critique de Laurent Dandrieu dans son Dictionnaire passionné du cinéma, aux Éditions de L’Homme Nouveau (2013). Il qualifie l’intrigue de « bâclée » et  le dénouement de « particulièrement confus » avant de conclure sur « une œuvre mineure qui présageait peut-être un certain essoufflement de l’inspiration ». La maladie devait emporter François Truffaut, à 52 ans, l’année suivante. 
En fait il s’agissait pour Truffaut de mettre en valeur sa nouvelle compagne, Fanny Ardant, qui – je l’avoue  – le mérite bien et dont la voix m’envoute. C’est le seul intérêt de ce film.

Billie Holiday, une affaire d’état

A l’affiche : Billie Holiday, une affaire d’état, un biopic américain de Lee Daniels, avec Andra Day (Billie), Garrett Hedlund et Trevante Rhodes (Harry J Anslinger et Jimmy Fletcher, le chef et un agent du Bureau Fédéral des Narcotiques).

C’était le jeudi 29 octobre 2020, la dernière séance avant la fermeture des salles de spectacle, et j’avais regretté que ce diktat ne soit pas tombé un jour plus tôt tellement nous nous étions ennuyés devant un autre biopic Billie réalisé par James Erskine !  J’avais d’ailleurs étonné des amateurs de cette chanteuse qui se souvenaient de leurs vingt ans, qui à la Nouvelle Orléans, d’autres sur microsillons.
On m’a donc entrainé, et je me suis intéressé à cette nouvelle réalisation qui m’a semblé mieux faite… A vrai dire, ceci explique peut-être cela, elle était en version française, car je n’aurais certainement pas, non plus, supporté une production de plus de deux heures en Version Originale Sous-Titrée.

Avouons d’abord que, contrairement à mes amis et membres de ma parentèle que je viens d’évoquer, je n’éprouve aucun plaisir à l’écoute de ces chansons américaines – que je ne comprends pas – sans véritable mélodie, sur fond de jazz…

Quant au fond, c’est l’histoire de cette noire américaine qui dénonce, dans ses chansons,  le racisme, la ségrégation raciale et les discriminations qui pouvaient sévir, à cette époque aux États-Unis, allant parfois jusqu’au lynchage… Strange Fruit.

Mais la liberté d’expression est censée régner aux États-Unis (qui ne connaissaient pas encore la censure des « réseaux sociaux »), aussi est-ce au nom de la prohibition et de la lutte contre la drogue, qu’elle sera poursuivie avec la collaboration de frères de race…
Andra Day interprète sans doute particulièrement bien la chanteuse Billie… Encore faut-il en être fan.

The Father

A l’affiche : The Father, un film français de Florian Zeller, avec Anthony Hopkins (Anthony, le père), Olivia Colman (Anne, la fille), Rufus Sewell (Paul, le « quelqu’un » d’Anne qui a « rencontré quelqu’un » !)  adapté de la pièce de théâtre, « Le Père », (2012) du même Florian Zeller.

Après La (médiocre) Finale, et le bon Remember me… The Father est notre 3ème film sur la maladie d’Alzheimer. Une fois encore, il n’est pas à la hauteur de la bande annonce, et sa lenteur, et le fait qu’il ne s’y passe rien toujours dans le même décor, m’ont fait passer par quelques secondes d’ennui, quasi de somnolence. Néanmoins mon épouse y a revécu ce qu’elle a connu avec sa mère et, en ce sens, cette réalisation apparaît comme un véritable documentaire. Il ne vous prend pas « aux tripes » durant les 100 minutes de projection, mais c’est vrai qu’il nous a meublé l’esprit et alimenté la discussion pendant notre heure d’alimentation (terrestre) qui a suivi.

Constatons aussi que ce sujet permet aux acteurs d’accomplir une performance en s’imprégnant de personnages qui ne savent plus qui ils sont et ne reconnaissent pas leur entourage. 
J’avais élevé sur le podium l’interprétation de Thierry Lhermitte dans La Finale ; de même je me souviens du bon jeu de Bruce Dern, et Le père Anthony Hopkins excelle à jouer et rejouer la même scène dans son ephad.
La palme, néanmoins, cette fois-ci, revient à Olivia Colman, qui aurait pu, qui aurait dû, être mise en valeur dans un titre différent du film, en français, La Fille.

Des hommes

A l’affiche : Des hommes, un film français de Lucas Belvaux, avec Yoann Zimmer (Bernard) alias Gérard Depardieu (Feu-de-Bois), Catherine Frot (Solange, sa sœur), Jean-Pierre Darroussin et Édouard Sulpice ( Rabut), adapté du roman éponyme de Laurent Mauvignier (2009).

Il y a eu Voyage au bout de l’enfer (1978) et Apocalypse now (1979)…  On se souvient plus récemment d’American sniper (2014), Maryland (2015) et Voir du pays (2016)… Ils sont en fait, paraît-il, plus d’une trentaine de films sur le syndrome post traumatique du retour de guerre. Des hommes est le dernier. C’est le 7ème long-métrage que nous voyons depuis la réouverture des salles, mais, malgré ce sujet brûlant de la guerre d’Algérie, c’est le 1er bon film !

Certes il est un peu compliqué avec des personnages vus à 40 ans d’intervalle, joués par des acteurs différents, et des voix off. Cela vaudrait la peine de le revoir après avoir bien identifié chacun des intervenants.
Certes il n’est pas non plus exempt de quelques piques contre la colonisation, l’OAS et des « atrocités » qui auraient été commises par des soldats français. Reconnaissons néanmoins qu’il n’est pas manichéen.

D’abord, dans le même temps où il montre des scènes horribles à charge contre des soldats français, il nous fait partager leur panique et leur stress… on dirait aujourd’hui leur « perte de repère » !
Avant d’être exécuté, le 11 mars 1963, (les gaullistes et la gauche, à l’époque étaient pour la peine de mort !) le colonel Bastien-Thiry avait fait devant ses juges le triste constat que « les troupes de Jeanne- d’Arc elle-même se sont livrées plusieurs fois à des massacres ».

Mais surtout, ce film n’est pas manichéen parce que s’il montre les premiers, il répète à plusieurs reprises qu’il ne peut ni faire voir ni décrire les actes de barbarie perpétrés par ceux d’en face, les mutilations subies par leurs frères d’armes ou par les populations civiles européennes et musulmanes pro-françaises.
Evoquons donc pour conclure, afin de leur rendre les honneurs, les dizaines de milliers de harkis que la France a livrés, en quittant l’Algérie, à la torture et aux massacres du FLN.

Villa Caprice

A l’affiche : Villa Caprice, un film franco-belge de Bernard Stora, avec Niels Arestrup (l’avocat Me Luc Germon), Sophie Verbeeck (son associée, Me Poupard), Michel Bouquet ( son père, Marcel Germon), Patrick Bruel (Gilles Fontaine), Irène Jacob (son épouse, Nancy Fontaine), Paul Hamy (Jérémy, le skipper), Laurent Stocker (le juge Madec), Eva Darlan(Isabelle Jacquin) .

Villa Caprice.. ce fut pour moi, davantage que pour mon épouse, Villa Déception !
La bande annonce est excellente, attirante avec un Niels Arestrup resplendissant tel qu’on l’a applaudi dans Diplomatie (2014) où il incarnait le général von Choltitz….
Un Niels Arestrup d’habitude à la hauteur de ses personnages, et c’est peut-être même le contraire, des « héros » de film à la hauteur de Niels Arestrup,  dignes de l’acteur.
Maître Germon est hélas le contraire, une « diva » comme le dit son client Gilles Fontaine, sans consistance, qui joue au « fier à bras » alors qu’il accepte tout, comme le lui reproche à demi-mots Me Poupard ; un être vénal dont la seule puissance est de se faire payer très cher.
J’aime trop l’acteur pour aimer ce film, par ailleurs assez lent, laissant parfois place à l’ennui. Un film qui dénonce la corruption à tous les étages.. mais on n’a pas besoin d’aller au cinéma pour le savoir.

L’Etreinte

A l’affiche : L’Étreinte, un film français de Ludovic Bergery , avec Emmanuelle Béart (Margaux),  Vincent Dedienne (Aurélien), Eva Ionesco (Marianne, sa sœur).

« Ma petite est comme l’eau
Elle est comme l’eau vive
Elle court comme un ruisseau ».

C’est évidemment pour Emmanuelle que Guy Béart a écrit cette chanson, pour sa « fille de Cogolin » comme  elle se présente dans La Provence  de lundi dernier 24 mai.
Et cette étreinte a bien commencé, à longer la Méditerranée et à s’émerveiller du Garlaban.
Dommage que le train ne se soit pas arrêté à Aubagne !
et que L’Étreinte ait duré !

« Un film charnel » lit-on toujours dans La Provence… « Ah ! qu’en termes galants ces choses-là sont mises ».
Le coronavirus a-t-il atteint l’esprit de l’artiste, ou bien le confinement l’a-t-elle à ce point ruinée qu’elle soit obligée de vendre son corps au premier réalisateur venu ?
Il paraît qu’elle n’avait pas lu le scénario avant d’accepter le rôle. Ce n’est pas une excuse, pour ne pas dire ce que c’est…

ADN

Bande-annonce ADN

A l’affiche : ADN, un film français de Maïwenn Le Besco , avec MaÏwenn (Neige),  Louis Garrel (François, « son ex »), Fanny Ardant (Caroline, sa mère), Alain Françon (Pierre, son père), Omar Marwan (Emir Fellah, son grand-père).

Alors que le gouvernement a fait dissoudre l’association Génération identitaire, ADN porte sur la quête de son identité… mais l’identité algérienne, car en Macronie et même avant, pour les autres, tout est permis. L’identité est une valeur positive pour les immigrés (et généralement pour les «minorités visibles »), mais « nauséabonde » chez les « desouche ».

Sans doute Maïwenn Le Besco, de mère d’origine kabyle, nous raconte-t-elle un peu d’elle-même dans cette réalisation – qui se laisse voir même si elle s’empanache du drapeau fellouze.
Manifestement, malgré ce dernier sur le cercueil du grand-père, la famille est bien intégrée, et suffisamment assimilée pour que l’un des petits-fils s’oppose au passage à la mosquée et n’hésite pas à provoquer en concluant son témoignage par un signe de croix.

Les évocations de la guerre d’Algérie sont vues du côté FLN et on comprend qu’Emir Fellah était précisément fellaga avant de fuir et « migrer » en France en 1965 quand Boumedienne a renversé Ben Bella. Comme quoi il faut relativiser le « crime contre l’humanité » de la colonisation !

Selon AlloCiné Maïwenn aurait voulu faire un film « contre le racisme et pour les immigrés »…
N’est-ce pas plutôt un film qui rêve d’ une « Algérie Française » ?

« Je viens d’un pays qui n’existe plus
Je viens d’un paradis perdu »
                                                 (Jean-Pax Méfret)

Slalom

Bande-annonce Slalom

A l’affiche : Slalom, un film français de Charlène Favier, avec Noée Abita et Jérémie Renier

Curieusement, nous avons déjà vu Noée Abita, en 2017, dans un film, médiocre, Ava, et j’avais parlé à son encontre de « détournement de majeur »…   

C’est encore l’histoire d’un « mineur non accompagné »… Non, mais d’une mineure de parents désunis, abandonnée et livrée à elle-même. Le père est inexistant tandis que la mère a « rencontré quelqu’un » avec qui elle vit plutôt que de s’occuper de sa fille, et ce ne sont pas les étreintes éparses, simulacre d’amour maternel, qui vont pouvoir compenser.
C’est finalement l’histoire d’une victime de la séparation ou du divorce, qui va subir la « double peine » en se soumettant à l’emprise de son « entraîneur » (au féminin une entraîneuse…).
L’atmosphère du film m’a paru malsaine en l’absence d’un véritable suspense…
Tout est « téléphoné », comme dirait mon fils, sauf peut-être l’absence de dénouement.

Envole-moi

Bande-annonce Envole-moi

A l’affiche : Envole-moi, un film français de Christophe Barratier, avec Victor Belmondo, Gérard Lanvin et Yoann Eloundou,
d’après une histoire vraie.

D’abord un coup de coup de chapeau à Gérard Lanvin qui, ce mercredi de réouverture des cinémas, a commencé par se présenter et apporter son soutien à la manifestation nationale des policiers à Paris.

Christophe Barratier est l’excellent réalisateur des Choristes (2004), et j’avais aussi beaucoup aimé son Outsider, en 2016, qui dénonce, dans les grands groupes, une certaine « manipulation » des collaborateurs  sous couvert de « culture d’entreprise » et d’ « esprit d’équipe ». Nous avons donc pu être particulièrement déçus par cet Envole-moi, qui regorge de bons sentiments et de « bisounourserie ». 

Pourtant il y avait  matière à un très très bon film. C’est la mise en présence d’un « fils à papa », fêtard, « glandeur » et jouisseur, et un malheureux petit garçon malade et handicapé, dont la vie depuis sa naissance tient à un fil, ou plus précisément un ballon d’oxygène.

Le titre même de cette réalisation , emprunté à un karaoké au milieu du film, donne à penser que Barratier a voulu plagier à sa manière Les Mistrals gagnants d’Anne-Dauphine Julliand (2017). Mais n’est pas Anne-Dauphine qui veut. Elle ne prêche pas la morale, elle ne fait pas semblant, elle a vécu, et vit dans sa chair, ce qu’elle raconte dans ses livres et son « documentaire ». Elle a vécu et sait ce que sait qu’aimer et donner du bonheur à son enfant malade, « adoucir (sa) vie », comme elle l’écrit dans Deux petits pas sur le sable mouillé, et même, pour cet enfant dont chaque jour est un miracle, « ajouter de la vie aux jours quand on ne peut plus ajouter de jours à la vie » :

« Te raconter enfin qu’il faut aimer la vie
Et l’aimer même si
Le temps est assassin et emporte avec lui
Les rires des enfants
Et les mistrals gagnants ».