Simetierre

A l’affiche : Simetierre, un film américain de Kevin Kölsch & Dennis Widmyer,
avec Jason Clarke, Amy Seimetz et Jeté Laurence (les parents et leur fille, Louis, Rachel et Ellie Creed), ainsi que John Lithgow (le voisin, Jud Crandall) ;
remake d’un film, portant le même nom, de Mary Lambert (1989) et adapté d’un roman éponyme de Stephen King (1983).

Je n’ai jamais rien lu de Stephen King, contrairement à mon épouse et surtout l’une de mes filles. C’était donc une bonne occasion de faire connaissance avec cet auteur de thriller, d’autant plus que c’est un genre que nous aimons bien au cinéma.

En outre, ce 15 avril était l’anniversaire de mon épouse à la charnière de deux dizaines… Plutôt le célébrer dans une salle obscure et au resto, que de rester planté devant notre télé à écouter la « sangsue qui suce le sang du peuple » pour reprendre l’expression de Jean Anouilh dans La belle vie.

D’un vampire à l’autre, j’ai presque regretté mon choix et notre dîner a failli mal passer devant ce film d’épouvante…
Reconnaissons que les réalisateurs ont su, surtout en 1ère partie, me plonger dans l’angoisse à telle enseigne que j’avais hâte d’être à la fin du film… Admettons que cette montée d’adrénaline soit l’intérêt de ce scénario ultra violent et farfelu, sauf l’idée diabolique d’un apprenti sorcier qui, ne croyant pas en l’Au-delà,  fait revivre les morts sur terre.

Ce même soir, le Diable, hélas, ne faisait pas du cinéma, ni au Simetierre (pourquoi cette faute, d’ailleurs soulignée par la petite Ellie ?), ni à la télévision où « Jupiter » a renoncé d’aller… Non, ce 15 avril 2019, le Diable était bien réel s’efforçant de détruire dans ses flammes la cathédrale Notre-Dame de Paris.

 

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Le vent de la liberté

A l’affiche : Le vent de la liberté, un film de Michael Bully Herbig.

Je ne l’ai vraiment pas fait exprès, mais il se trouve qu’après deux DVD avec Rithy Pahn dans le Cambodge de Pol Pot, une montgolfière m’a ramené au cinéma en République Démocratique Allemande. Nous y retrouvons la pensée unique (le « politiquement correct ») à laquelle tout le monde a l’obligation d’adhérer, la Stasi qui espionne chacun de nos gestes et de nos propos, les enfants formatés qui dénoncent leurs parents… Bref la liberté interdite aux « ennemis de la liberté ».

Le Mur de Berlin, le « rempart antifasciste » – comme ils l’appelaient – a été construit en 1961, et Mourre comptabilise 79 allemands de l’Est qui furent tués en tentant de le franchir, sans compter ceux qui ont été arrêtés – et sans doute exécutés – en préparant leur évasion…

Un film était déjà sorti, en 1982, La nuit de l’évasion, nous racontant l’histoire des familles Strelzyk et Wetzel qui avaient construit une montgolfière pour passer à l’ouest. Contrairement à mon épouse, je ne crois pas l’avoir vu.

Ce Vent de la liberté est donc un remake sur la persévérance de gens « désespérés » qui bravent tous les dangers pour fuir un enfer socialiste. Cette histoire vraie s’est produite en 1979, dix ans avant la chute du Mur (27 novembre 1989), la réunification de l’Allemagne et l’effondrement de l’Union soviétique (29 décembre 1991)…
De Gaulle avait fait référence – et révérence – au « sens de l’histoire », et notre génération ne croyait pas que ces événements puissent arriver, en tout cas qu’elle les connaîtrait… Comme quoi Maurras avait raison : « Tout désespoir en politique est une sottise absolue ».

On se souvient de Kennedy qui dénonça ce « mur de la honte » : « Ich bin ein berliner » (26 juin 1963).
Je rappellerai aussi Jean-Pax Méfret, le « Chanteur d’Occident , en 1980, dans Véronika :

« A Berlin Est, elle balayait les allées ;
Elle a voulu s’évader ; aujourd’hui il ne reste rien de Veronika…
Un peu de terre, une petite croix de bois
La rose rouge et l’œillet sont fanés près de ce mur droit
de ce mur froid ».

 

L’image manquante

En DVD : L’image manquante, un film de Rithy Panh.

Funan, que j’ai vu il y a deux mois, nous avait été présenté, en séance Art et Essai, par une jeune femme, critique de cinéma, qui nous avait engagés à voir les films de Rithy Panh… réalisateur dont je n’avais jamais entendu parler… et sans doute pour la bonne raison qu’il dénonce le crime de masse commis pendant 5 ans (1975-1979) par les communistes (appelons un chat, un chat) au Cambodge.

J’ai découvert ainsi un franco-cambodgien – qui n’a rien oublié et, sans doute, rien pardonné – auteur de nombreux films sur le sujet dont j’espère qu’ils sont tous en DVD.

Après donc S21 voici L’image manquante, sorti en 2013 soit 10 ans plus tard… et pourtant  ce film mériterait d’être vu en premier.
C’est encore un documentaire, mais très différent car sous forme d’un monologue, dans lequel Rithy Pahn raconte, au moyen d’images d’archives et de figurines, son enfance en camp de travail.
C’est un Archipel du Goulag asiatique que le réalisateur fait « revivre » devant nous, tout en évoquant furtivement l’injustice que subissaient les paysans sous le régime précédent, ainsi que les 500 000 bombes que les américains déversèrent sur le peuple cambodgien durant les années 1970/1973.

Sans doute aurions-nous besoin d’un film d’Histoire relatant la décennie précédente, sous la férule de Norodom Sihanouk, qui fit du Cambodge la voie de ravitaillement des forces communistes engagées au Vietnam du sud. Il s’en suivit le coup d’État pro-américain, en 1970, du général Lon Nol puis la guerre civile cambodgienne en extension de la guerre du Vietnam.
Sous la pression de la gauche, les Américains abandonnèrent la partie en 1973, laissant le champ libre aux Khmers rouges jusqu’au 17 avril 1975…
Rithy  Pahn raconte la suite…

L’image manquante, c’est la photographie du Cambodge (pardon du Kampuchéa) que les khmers rouges n’ont jamais prise quand ils mettaient le pays en esclavage.

Ce long-métrage est à voir et, de préférence, avant S21 qui m’apparaît maintenant comme un zoom sur un camp de la mort.
Rithy Panh en a tiré un livre éponyme de 72 pages, avec Christophe Bataille, publié chez Grasset.

S21 la machine de mort khmère rouge

En DVD : S21 la machine de mort khmère rouge, un film sorti en 2003, de Rithy Panh avec deux survivants et d’anciens personnels khmers rouges de la prison S21.

 Et la musique s’est arrêtée
Les hommes en noir sont arrivés
Le Cambodge a cessé d’exister

Rithy Panh nous replonge dans ce drame du 17 avril 1975, que chantait Jean-Pax Mefret, comme je le mentionnais déjà en février dernier à propos du dessin animé Funan.

Ce réalisateur est né à Phnom Penh, le 18 avril 1964,  11 ans avant, à un jour près, de la mainmise du Cambodge par l’Angkor, parti communiste du nouveau Kampuchéa démocratique. Il a connu les camps de travail dans lesquels il perdit ses parents et une partie de sa famille.

Avec son art, Il exerce son « devoir de mémoire » en dénonçant ce génocide de 2 millions de morts qui a été perpétré dans une quasi-indifférence de nos populations occidentales, et particulièrement françaises, ignorantes, parce que mal-informées ou désinformées par une intelligentsia politico médiatique qui glorifiait Pol Pot et se félicitait de la « libération » du Cambodge.

Ce documentaire, qu’il faut absolument voir, même s’il est très violent et difficile à supporter, est un témoignage du martyre subi par les 17000 prisonniers, torturés et exécutés, du S21, un centre de détention installé dans un ancien lycée de Phnom Penh. Seuls 7 prisonniers ont survécu !

On sait que le mot « martyr » signifie témoin, et ce long-métrage est donc un double témoignage, de la « vie », des souffrances et de la mort (« quand ils arrivent, on sait qu’ils sont morts » nous dit un « gardien ») de ces martyrs racontée par deux martyrs survivants, dont Vann Nath, peintre pour l’Histoire, ainsi que par des bourreaux-« gardiens » de cette prison. En outre, cette martyrologie a été filmée sur les lieux mêmes puisque S21 a été reconverti en musée du génocide.

A notre époque où l’on cherche à culpabiliser l’armée française sur le génocide rwandais, à quand la repentance de nos « intellectuels » sur le génocide cambodgien ?

Chamboultout

A l’affiche : Chamboultout, un film français d’Éric Lavaine, avec Alexandra Lamy et José Garcia (Béatrice et son mari Frédéric), Guilaine Londez (Bérangère, la sœur de Frédéric), Michel Vuillermoz (Arnaud, syndic).

Nous ne pouvons pas les juger… C’est la formule, qui a bercé notre enfance, que à l’image de St Paul notre père répétait « à temps et à contre-temps » (sauf quand il parlait de de Gaulle, qu’il jugeait et condamnait sans appel).
Mais puisque je me réfère aux apôtres, rappelons l’épître de St Jacques : qui es-tu pour juger ton prochain ?
et effectivement St Paul qui écrivait aux Corinthiens, Ne portez pas de jugement prématuré,
après avoir enseigné aux Romains : aucun de nous en effet ne vit pour soi-même (…)cessons de nous juger les uns les autres.

Tout Chamboultout est contenu dans cette dernière citation.

Les amis (et amies – précision inutile puisqu’en bon français le masculin l’emporte en regroupant les deux genres, mais je me méfie des féministes, et de Marlène Schiappa, qui utiliseraient d’ailleurs l’écriture inclusive « les ami.e.s »)…
Bref les convives (terme consensuel) nous montrent, au cours d’un dîner qui rappelle celui du Retour chez ma mère du même réalisateur, qu’ils ne se sont pas réellement intéressés au drame que raconte Béatrice dans son livre. Chacun, de façon très narcissique, y est seulement allé voir midi à sa porte et a recherché ce qui était écrit de sa petite personne.

En outre Éric Lavaine ne s’arrête pas à cette dénonciation, il culpabilise les commensaux (Ah le beau terme qui doit faire aussi l’unanimité !) « en même temps » que les spectateurs – en tout cas moi – car je le reconnais, durant le film j’ai porté sur l’ « écrivaine » – même l’Académie française commence à l’admettre ! –   un regard parfois bienveillant, le plus souvent réprobateur, comme sa fille. On juge la coupable en oubliant la croix qu’elle porte.

Un film, finalement très bizarre, inégal en raison de quelques longueurs, mais qui ne laisse pas indifférent, « qui questionne » ou « qui interpelle » (comme on dit maintenant), qui sous l’aspect d’une comédie légère pourrait relever de la nouvelle évangélisation. On pense en effet à la paille et à la poutre dans les yeux de chacun ou encore à la lapidation de la femme adultère par les pharisiens.

Bref un film, plutôt drôle, profondément chrétien !
Est-ce la volonté du réalisateur ?

Let’s dance

A l’affiche : Let’s dance, un film français de Ladislas Chollat, avec Rayane Bensetti (Joseph, danseur de hip-hop), Alexia Giordano (élève danseuse étoile), Guillaume de Tonquédec (Rémi, professeur de danse classique), Mehdi Kerkouche (Karim, danseur hip-hop, ami de Joseph), Line Renaud (Nicole, grand-mère de Chloé).

« Oh chéri donne moi ma chance
Garde moi la prochaine danse
Dansons
Dansons le twist, le surf ou bien le madison,
Qu’importe l’air que nous entendrons
Mais dansons ».

Ma génération a effectivement beaucoup dansé autrefois avec Sylvie Vartan.
Mais hier, ce fut une autre musique, une autre danse que je ne qualifierai pas pour ne pas tomber sous le coup de la loi.
Qui m’aurait dit  ?  Mes enfants croiront-ils que j’ai « pris mon pied »  –  c’est l’expression à la mode –  en allant au cinéma voir la « diversité  » danser  – si on peut appeler ça comme ça  –  du Hip hop ?
Je ne savais même pas ce que c’était avant d’entrer dans la salle !
Et pourtant je l’avoue, j’ai éprouvé du plaisir à regarder cette romance musicale.

Il faut dire que Chloé…

« Quand tu danses, danses, danses devant moi
Je sens mon cœur qui bat
Au rythme de tes pas
Quand tu danses, danses, danses devant moi
Je sens la vie, la vie qui va
Et je pense, pense, pense que jamais
Jamais tu ne devrais t’arrêter de danser
Alors danse, danse, danse devant moi
Je t’en supplie, n’arrête pas »

Oui Chloé me rendrait capable d’envoyer « valser grand-mère »  pour danser ce qu’elle veut avec elle…
Avec Chloé, je danserais sur le pont d’Avignon,
Avec Chloé, je danserais sous la pluie,
Avec Chloé, je danserais la Capucine…
Pour Chloé, je ferais coin-coin… c’est la danse des canards
Pour Chloé, je danserais avec les loups
Avec Chloé, je crois que je danserais même la Carmagnole !
Oui, Chloé,  elle me rend fou !
J’en ai la danse de Saint Guy.

Dernier Amour

Art et Essai : Dernier Amour, un film français de Benoît Jacquot, avec Vincent Lindon (Giacomo Casanova) et Stacy Martin (Marianne de Charpillon).

« En me rappelant les plaisirs que j’ai eus, je les renouvelle, j’en jouis une seconde fois ».
La formule est-elle de Casanova ou bien, à la troisième personne, d’un exégète de ses Mémoires tel son ami le Prince de Lignes qui aurait dit à leur propos : « un tiers ma fait réfléchir, un tiers ma fait sourire, un tiers m’a fait b… ».
Rien de tout cela, hélas, dans son dernier amour que Benoît Jacquot met en scène.
Je m’attendais à un long métrage léger, un tantinet érotique, en tout cas audacieux,
et je pensais à l’excellent Mademoiselle de Joncquières, vu l’an dernier, avec de très beaux châteaux, des jardins magnifiques, des costumes chatoyants et des dialogues enchanteurs de cette Europe du XVIIIème siècle… Bref un film plaisant sur ce parvenu qui subjugua les « grands » de son époque et surtout leurs épouses…

Vraiment, rien de tout ça : c’est lent, c’est sombre, c’est inaudible !

Comme dans Vidocq, on déambule dans des pièces mal éclairées par des bougies et, comme dans Rodin, on entend mal Vincent Lindon marmonner entre ses dents… il devrait être sous-titré !

Certes, il n’y a peut-être pas grand-chose à raconter, et moins encore à montrer, des libertinages de ce libre penseur, bling-bling avant l’heure et quelque peu charlatan, qui fut néanmoins, paraît-il, l’inventeur du Loto…

Mais quand même les femmes peuvent rêver de rencontrer Casanova et les hommes de l’être… L’histoire aurait pu être amusante de cette Charpillon, « la fille à tout l’monde …(qui) se vend aux autres » mais, contrairement à celle de Brassens, se refuse à lui !

Un beau sujet gâché !