Un nouveau jour sur terre

A l’affiche, Un nouveau jour sur terre, un film de Peter Webber et Richard Dale.

« Dieu appela la lumière jour et les ténèbres nuit, il y eut un soir, il y eut un matin, et ce fut le premier jour ».
Le cinquième jour, « Dieu dit : Que les eaux grouillent d’un grouillement d’êtres vivants et que des oiseaux volent au-dessus de la terre (…) et il en fut ainsi ».
Le sixième jour, « Dieu dit : Que la terre produise des êtres vivants selon leur espèce  : bestiaux, bestioles, bêtes sauvages selon leur espèce et il en fut ainsi (…) et Dieu vit que cela était bon ».

Après l’excellent Les saisons de Jacques Perrin, en 2016, Un nouveau jour sur terre, un nouvel hymne à la nature, un grand film écolo,  au sens vrai du terme,  car l’écologie c’est d’abord le respect de la création ; un cours de Sciences Naturelles, pardon de SVT, Sciences de la Vie et de la Terre, (c’est  comme ça que ça s’appelle maintenant), à faire voir aux enfants en âge de rester une heure et demi au cinéma. Vous vous demanderez, par exemple, si l’on doit parler des cous ou des coups des girafes. En tout cas la séquence vaut le cou(p)… d’œil.
Bref, un documentaire  animalier magnifique, bien préférable à n’importe quel « docu humanilier » qui serait  forcément plein de repentance et de culpabilisation tellement il faut « sauver la planète ».

Dommage, d’ailleurs, qu’au lieu de la conclusion  qui sent son « politiquement correct », les réalisateurs, et Lambert Wilson qui leur « prête » sa voix, n’aient pas entonné le Cantique des Créatures de Saint François d’Assise :

« Loué sois-tu, mon Seigneur,  avec toutes tes créatures,
Spécialement messire frère Soleil par qui tu nous donnes le jour, la lumière ».

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Faisons un rêve

Au cinéma Art et Essai, Faisons un rêve, de Sacha Guitry, avec Sacha Guitry (l’amant), Raimu et Jacqueline Delubac (le mari et sa femme).

« Et je m’en vais

Au vent mauvais

Qui m’emporte

Deçà, delà

Pareille à la

Feuille morte ».

Pourquoi ce Faisons un rêve me fait-il penser à la Chanson d’automne de Verlaine ? Peut-être est-ce l’historique même de cette pièce, quasi autobiographique,  jouée pour la première fois en 1916, avec Charlotte Lyses, la 1ère épouse de Sacha Guitry, et « conservée » au cinéma en 1936, avec la ravissante et charmante, la désirable – « avec ces yeux-là, avec ce sourire-là » – Jacqueline Delubac, la 3ème épouse… (non, non, ne vous méprenez pas… elles se sont succédées, Sacha Guitry n’était pas musulman et s’il a multiplié les femmes et les maîtresses, il n’avait pourtant pas de harem).

Faisons un rêve, c’est d’abord un exploit théâtral avec, notamment, un acte II ahurissant, un one man show de Guitry, un monologue qui remplit plus de dix pages d’un livre de poche. C’est aussi une leçon de bagout – comment faire la cour à une femme… – C’est en prose le « panache » de Cyrano de Bergerac, mais peut-être aujourd’hui tomberait-il sous le coup d’un « balance ton porc », tellement le féminisme exacerbé finit par détruire la féminité et la galanterie qui va de pair…

Faisons un rêve, c’est l’humour de Guitry… « Mon Dieu, que vous ririez, si vous aviez envie de rire ».

Faisons un rêve, c’est le rêve de prendre la vie au présent… « nous avons mieux que toute la vie, nous avons deux jours ! » (…) et l’acte IV de la pièce confirme  ( qui n’existe pas dans le film) : « Nous avons mieux que deux jours, nous n’avons plus que quelques heures… vite… profitons-en !!! »

RIDEAU

Le cercle littéraire de Guernesey

Le cercle littéraire de Guernesey, un film de Mike Newell avec Lily James (Juliet Ashton), Michiel Huisman (Dawsey) et Matthew Goode (Sidney Stark),
d’après le roman Le cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates de Mary Ann Schaffer et Annie Barrows.

D’abord un très beau film avec des photos magnifiques, une jolie Juliet qui fait rêver d’être Roméo Dawsey, enfin une histoire d’amours et d’amour, et cette dernière, bien que « téléphonée », garde toute sa fraicheur.

Peut-être ce long-métrage aurait-il pu s’intituler « la bague », qui tient presque le premier rôle dans cette histoire…

Bienvenue en Sicile

Bienvenue en Sicile, une comédie historique de Pierfrancesco Diliberto alias Pif, avec Pif (Arturo), Miriam Leone (Flora) et Rosario Minardi (Lucky Luciano).

« La Démocratie, c’est nous ! » déclare un chef mafieux, nommé maire d’une petite commune par les autorités américaines qui viennent « libérer » la Sicile.

C’est le fait historique de la collaboration des Alliés avec la Mafia, en 1943, que raconte ce film actuellement distribué en France par SAJE dans seulement une quinzaine de salles dont une à Marseille, où nous sommes allés le voir.

Aux États-Unis, il y avait Lucky Luciano, mafieux italo-américain en prison, avec lequel le gouvernement troqua sa condamnation pénale contre l’aide de son réseau pour un débarquement en Sicile, et qui obtint dans cet échange que les mafieux emprisonnés par Mussolini soient sortis de prison et, pour nombre d’entre eux. mis à la tête des villages.

Cette charge contre l’armée américaine qui réinstalla Cosa Nostra à la tête de l’île, sortie en Italie en 2016, est dédiée à Ettore Scola, réalisateur italien mort la même année, proche du parti communiste… alors que le mafieux, cité en début de ce commentaire, présente la Mafia comme la seule opposition aux dictatures nazies, fascistes et communistes.
Est-ce un adieu de Pif à un grand réalisateur ou un hommage au communiste ?

Il n’en reste pas moins qu’en zoomant sur la Mafia « démocratique », Pif a pointé sa caméra sur la démocratie « mafieuse ».

La Femme du boulanger

La Femme du boulanger, une comédie dramatique de Marcel Pagnol avec Raimu (Aimable Castanier, le boulanger), Ginette Leclerc (Aurélie, la femme du boulanger), Fernand Chapin (le marquis) et Delmont (Maillefer),
adapté d’un roman de Jean Giono, Jean le Bleu.

« Moi, je suis le berger »… Hélas ! non ! mais j’ai quand même passé deux heures amoureuses avec La femme du boulanger.
Le curé l’explique très bien : « Toute femme a besoin d’un berger. Si vous (les) empêchez de se réfugier auprès du Berger des âmes, elles s’envoleront avec un berger de moutons ».

Quelle merveilleuse soirée, dans le plus vieux cinéma du monde, à La Ciotat, à voir ou à revoir ce chef d’œuvre de 1938, présenté par Nicolas Pagnol, le petit-fils.

Je n’ai pas lu le conte de Giono, et je m’interroge sur ce qu’il est par rapport à ce long-métrage au cours duquel, avec Raimu, Pagnol pétrit la farce ou l’humour avec l’émotion et la réflexion profonde.

De Raimu, choquerais-je si je dis qu’il est le levain sans lequel la pâte cinématographique n’aurait peut-être pas pris, particulièrement éblouissant dans sa scène d’ivrogne ou, au contraire, lorsqu’il nous émeut au retour de sa femme.

De la farce et de l’humour, c’est encore Raimu mais ce sont aussi tous les autres personnages hauts en couleur, comme Angèle ou Patience Maillefer qui nous raconte sa pêche « aux marais de Bistagne » ; et ce sont encore toutes ces répliques pagnolesques qui émaillent les différentes scènes :

  • « déjà nos grands-pères ne savaient pas pourquoi (ils étaient fâchés), parce que ça venait de plus loin. Alors vous pensez que ça doit être quelque chose de grave ».
  • « Monsieur le curé, ce sont mes nièces !
    – Vous oubliez que je suis votre confesseur ».
  • « Elle se cachait si modestement que personne ne l’a jamais vue ».
  • « ta femme, avec les tétasses qu’elle a, c’est pas un berger qu’il lui faudrait, c’est un bouvier ! ».
  • « Le bon Dieu, je le respecte. Mais à partir d’aujourd’hui il m’en doit. Oui. Il m’en doit ».

Enfin la profondeur, et je pense au curé dont l’aspect caricatural peut heurter de prime abord, imputable sans doute à un certain anti cléricalisme de Pagnol, mais le boulanger a raison : « il sait parler, lui ».
Et c’est vrai qu’il sait parler.
Il sait parler de « la simplicité et la grandeur de nos prières. Elles ne demandent pas au Ciel de l’or, ni des diamants, ni des grades. Elles demandent du pain : Donnez-nous aujourd’hui notre pain quotidien ».
Il sait parler de la fragilité de l’homme : « Moi aussi, je pourrais me briser sur un roc ».
Il sait parler, enfin, de la Rédemption : « « Parce que vous croyez que votre bêtise vous met à l’abri de la bonté de Dieu ?  (…) Le châtiment de l’incroyant, ce sera peut-être le pardon de Dieu », formule qu’Aurélie reprendra à sa manière : « une bonté comme la tienne, c’est pire que des coups de bâton ».

80 ans plus tard, cette œuvre n’a pas pris une ride.

Everybody knows (Todos lo saben)

Everybody knows : un drame espagnol de AsgharFarhadi,
avec Pénélope Cruz (Laura, la mère d’Irene), Javier Bardem (Paco), Ricardo Darin (Alejandro, le mari de Laura), Carla Campra (Irene).

Deux films de suite avec le couple Pénélope Cruz / Javier Bardem, Escobar et Every knows, et deux très bons scénarios.

C’est aussi le deuxième long-métrage que je vois de ce réalisateur iranien, mais j’aurais pu ne pas voir Le Client, que mon épouse, pour sa part, avait bien aimé. Ce cinéma-là est d’une autre trempe même si, comme dans le précédent, au-delà de l’histoire policière, Asghar Farhadi veut certainement exprimer des convictions ou, à tout le moins, poser des questions. Alejandro nous explique avoir été personnellement sauvé par Dieu et avoir lui-même sauvé la petite Irene d’un avortement… Au lendemain du Oui irlandais au permis de tuer des innocents, quand on voit la passion de Laura pour sa fille, ce thriller mérite d’autant plus son « ouverture du Festival de Cannes », et ses différentes nominations.

Escobar

Escobar : un thriller espagnol de Fernando Léon de Aranoa, avec Javier Bardem (Pablo Escobar), Pénélope Cruz (Virginia Vallejo, journaliste), Julieth Restrepo (l’épouse d’Escobar),
d’après le livre « Loving Pablo, Hating Escobar »  de Virginia Vallejo.

« La drogue, ça se vend, mais ça ne se prend pas »… C’est la leçon de Pablo Escobar à son fils, en précisant sur ce sujet de bien écouter Nancy Reagan.

Cartel, en 2013 avec déjà Pénélope Cruz, m’avait paru un mauvais film, compliqué, et j’avais regretté de voir ainsi gâché le sujet intéressant du trafic de drogue au Mexique.
En revanche j’avais apprécié en 2015 un autre film sur ce sujet, Sicario de Denis Villeneuve. De même je recommande vivement aujourd’hui ce biopic sur ce roi colombien de la drogue.

Vous avouerais-je que j’ai (pas mon épouse) pris parti pour lui  pendant les trois premiers quarts du film, jusqu’à ce que sa violence le submerge, et qu’avec ses « collaborateurs », je me demande presque « pourquoi pas moi, demain ? ».

Violence et sexe, mais aussi de l’humour… et surtout de l’Histoire – les années 80 en Colombie –.

D’après ce qu’elle dit, c’est Escobar qui avait demandé à son amante d’écrire son histoire. Qu’il en soit remercié, puisque après elle j’ai envie de répéter : « j’aime Pablo, je hais Escobar ».