Je vais mieux

Je vais mieux, un film de Jean-Pierre Améris, avec Éric Elmosino (Laurent), Alice Pol (Pauline, son amante) et François Berléand (son patron),
d’après l’œuvre éponyme de David Foenkinos.

Je me rappelle, il y a plus de dix ans, une tragi-comédie avec Kad Merad, Je vais bien, ne t’en fais pas, qui m’avait beaucoup plu. Ce Je vais mieux est-il encore mieux ? je ne le pense pas et le sujet est très différent, mais on y partage bien la souffrance de Laurent et l’amélioration de son état.

C’est mon épouse qui était attirée par David Foenkinos, alors que j’avais un souvenir davantage « flou » que délicat du film La Délicatesse qu’il avait réalisé (je n’ai pas lu le livre), mais il est vrai aussi que j’avais catalogué dans les « bons films » son Jalouse sorti en 2017.

J’aime mieux néanmoins ce « Je vais mieux » dont j’ose dire qu’il me va mieux, ne serait-ce que par son sujet, le mal au dos, que je connais malheureusement trop bien. Elle est d’ailleurs étonnante cette succession de long-métrages qui portent sur Alzheimer (La Finale), le handicap (Tout le monde debout), l’autisme (l’excellent Monsieur Je-sais-tout) et ce dernier film dans lequel j’avoue m’être reconnu dans ce personnage effrayé par la maladie, même si, personnellement, je me serais bien gardé de consulter internet.

Un bon film, avec un très bon jeu d’Éric Elmosino, et – une fois n’est pas coutume – des scènes d’amour présentées avec beaucoup de pudeur.

Un seul reproche, la relation ambigüe avec son épouse, sans intérêt.

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Bienvenue en Sicile

Bienvenue en Sicile, une comédie historique de Pierfrancesco Diliberto alias Pif, avec Pif (Arturo), Miriam Leone (Flora) et Rosario Minardi (Lucky Luciano).

« La Démocratie, c’est nous ! » déclare un chef mafieux, nommé maire d’une petite commune par les autorités américaines qui viennent « libérer » la Sicile.

C’est le fait historique de la collaboration des Alliés avec la Mafia, en 1943, que raconte ce film actuellement distribué en France par SAJE dans seulement une quinzaine de salles dont une à Marseille, où nous sommes allés le voir.

Aux États-Unis, il y avait Lucky Luciano, mafieux italo-américain en prison, avec lequel le gouvernement troqua sa condamnation pénale contre l’aide de son réseau pour un débarquement en Sicile, et qui obtint dans cet échange que les mafieux emprisonnés par Mussolini soient sortis de prison et, pour nombre d’entre eux. mis à la tête des villages.

Cette charge contre l’armée américaine qui réinstalla Cosa Nostra à la tête de l’île, sortie en Italie en 2016, est dédiée à Ettore Scola, réalisateur italien mort la même année, proche du parti communiste… alors que le mafieux, cité en début de ce commentaire, présente la Mafia comme la seule opposition aux dictatures nazies, fascistes et communistes.
Est-ce un adieu de Pif à un grand réalisateur ou un hommage au communiste ?

Il n’en reste pas moins qu’en zoomant sur la Mafia « démocratique », Pif a pointé sa caméra sur la démocratie « mafieuse ».

Gueule d’ange

Gueule d’ange, un drame de Vanessa Filho, avec Marion Cotillard (Marlène), Ayline Aksoy-Etaix (Elli) et Alban Lenoir (Julio).
6 nominations au Festival de Cannes.

C’est Marion Cotillard qui m’a attiré et, à regarder les premières scènes, j’ai commencé par le regretter amèrement jusqu’à m’en vouloir. D’ailleurs, après évidemment La Môme et Alliés, j’ai un mauvais souvenir de toutes les autres productions dans lesquelles, selon moi, cette actrice a servi de caution : Juste la fin du monde, Mal de pierre, Rock’n Roll et Les Fantômes d’Ismaël.

Qu’est-ce qui m’a donc pris d’aller voir, sans n’en rien savoir, cette Gueule d’ange, qu’en l’occurrence elle a perdu, à tout le moins, dans son rôle de mère dévoyée ?

Je commençais à avoir honte, me demandant comment j’oserais confesser cette absence de discernement… lorsque tout-à coup, ce docufiction m’a pris aux tripes. Je ne sais pas si c’est un bon film, c’est en tout cas un film épouvantable, d’un réalisme horrible, qui dépeint la relation entre une malade alcoolique, pour ne pas dire plus, et sa petite fille Elli qu’elle appelle Gueule d’ange.

 J’ai regretté au début d’être entré dans la salle… Je n’ai pas regretté de n’en être pas sorti précipitamment. C’est malheureusement la vraie vie, dans toute sa nudité, dans toute sa laideur, de certains déshérités tels qu’on en rencontre de temps en temps dans la rue. Et l’on s’étonne que l’école se satisfasse d’un message téléphonique, que le chauffeur de taxi ne bronche pas, et même que le brave forain, Julio, se contente de déposer Élli à son domicile.

Il faut avoir le cœur bien accroché… et le whisky est bienvenu une fois rentré chez soi.

Je m’interroge même, à notre époque où l’on interdit d’exhiber des animaux dans les cirques en raison de la souffrance qu’ils pourraient endurer… Comment peut-on laisser une enfant, dont on n’ose même pas nous donner l’âge, interpréter ce rôle et jouer dans ce film sans craindre les suites psychologiques d’une telle prestation. Le crime d’esclavage ne concerne-t-il que les « affreux colonisateurs » ?
Prions le Ciel, qu’adulte, Ayline ne devienne pas une Marlène !

 

Dans la brume

Dans la brume : un film catastrophe de Daniel Roby, avec Romain Duris (Mathieu), Olga Kurylenko (sa femme), Fantine Harduin (leur fille Sarah), Michel Robin et Anna Gaylor (le couple du dernier étage).

Il y a bien longtemps de cela, j’avais aimé Ravage, le roman de Barjavel dans lequel tout s’arrêtait à la suite de la « disparition » de l’électricité. Pareillement dans cette histoire, la vie s’immobilise… la population meurt dans la brume… il n’y a plus d’électricité, plus aucun secours possible…

Même si ce n’est manifestement pas l’objet du film, on observera quand même que cette apocalypse conduit la fille, comme la mère, à s’interroger sur l’existence de Dieu et l’Espérance d’une vie après la vie, mais le réalisateur n’insiste pas…

Malgré quelques invraisemblances, le scénario est haletant. Romain Duris campe bien son personnage qui aurait pu convenir autrefois à Jean-Paul Belmondo.

En guerre

En guerre : un drame social de Stéphane Brizé avec Vincent Lindon (représentant syndical) et Mélanie Rover (syndicaliste CGT).

Après Mademoiselle Chambon et l’excellent Une vie, Stéphane Brizé nous livre un film « engagé ».

On va me traiter de gauchiste si j’en dis du bien, d’autant qu’il met en exergue une citation de Bertolt Brecht: « Celui qui combat peut perdre, mais celui qui ne combat pas a déjà perdu ». Je préfère, quant à moi, me référer à Guillaume d’Orange qui a dit, à sa façon, à peu près la même chose : « il n’est pas nécessaire d’espérer pour entreprendre ni de réussir pour persévérer  » ?

C’est en effet l’une des questions posées par ce film : faut-il « sauver les meubles » ou risquer de tout perdre en allant « jusqu’au bout » ?  Je crois que selon les circonstances  on penche d’un côté ou de l’autre, et je crains de constater que dans les deux cas on perd…

L’autre question du film est celle de la confiance à accorder précisément à un accord entre syndicats et patronat dans une grande entreprise, surtout quand les salariés abandonnent une part de leur salaire (« Tout travail mérite salaire « ) « pour conserver leur travail « .
« Ne nous associons qu’avecque nos égaux  »  nous a enseigné La Fontaine… Le pot de terre perd en effet toujours contre le pot de fer, et le lion sait à bon escient rappeler « Le droit du plus fort  » à la génisse et autres animaux avec lesquels, pourtant, il avait mis « en commun le gain et le dommage ». Dans un autre contexte, d’ailleurs, entre Le Loup et l’Agneau, « la raison du plus fort est toujours la meilleure ».

Ce sont ces guerres-là, entre syndicats, entre salariés, et syndicats contre grand patronat, qui font l’objet de ce docufiction. Évidemment – et malheureusement – la CGT y tient le beau rôle, sachant même tirer parti de son « dérapage « , et Vincent Lindon y est tout à fait dans son élément comme  représentant syndical.

Ce film est d’une actualité brûlante : On ouvrira un boulevard à la Gauche si l’on ne sait pas protéger la libre entreprise, communauté humaine « en même temps » qu’entité économique, face au libéralisme, au capitalisme sauvage et au mondialisme.

Place publique

Place publique, une comédie d’Agnès Jaoui, avec Agnès Jaoui (Hélène, l’ex-femme de Castro), Jean-Pierre Bacri (Castro, animateur de télé), Léa Drucker (Nathalie, la productrice de Castro), Sarah Suco (Samantha, la soubrette), Miglen Mirtchev (Pavel) et Frédéric Pierrot (un « humanitaire »).

Bacri n’a pas besoin de jouer pour me faire rire… et d’ailleurs, joue-t-il ?

Une bonne satire des people et autres bobos des médias, avec peut-être quelques « petites longueurs » mais aussi une imitation excellente d’Yves Montand par JP Bacri (si c’est réellement lui qui chante…).

Sans doute la violence du chauffeur est-elle outrancière, en revanche la productrice m’a amusé qui mange « bio » mais ne comprend pas que le tapage nocturne gêne les voisins qui « se lèvent tôt pour travailler », alors qu’elle-même ne supporte pas les aboiements du chien… Et Pavel, immigré, n’est pas mal non plus qui trouve quand même qu’il y en a trop…

Enfin, rien que pour le poing dans la gueule du You tubeur, ce film vaut la peine d’être vu.

 

Le bel Antonio

Le bel Antonio, un film (VOST) de 1961, réalisé par Mauro Bolognini, avec Marcello Mastroianni, Claudia Cardinale et Pierre Brasseur,
d’après un roman éponyme de Vitaliano Brancati.

« Garde-toi, tant que tu vivras,
De juger les gens sur la mine ».

C’est la recommandation d’une souris de La Fontaine à son Souriceau qui lui contait une rencontre avec un Cochet et un Chat. Elle s’applique parfaitement à ce bel Antonio, qui nous rappelle aussi la maxime « Grand diseux, petit faiseux » ; une illustration à l’italienne du gap qui peut exister entre la réputation, bonne ou mauvaise, et la réalité…  « j’ai mauvaise réputation – chantait Georges Brassens – je ne fais pourtant de mal à personne ». On peut d’ailleurs mesurer cet écart à la lecture de la plaquette de présentation diffusée pat l’Association Française des Cinémas d’Art et d’Essai qui qualifie d’ « œuvre subversive »  dénonçant « une société bourgeoise et cléricale »… ce qui finalement n’est qu’une comédie.
Mais si l’on veut absolument tout politiser, j’ai fait le rêve que les migrants étaient tous de beaux Antonio.