Pupille

A l’affiche : Pupille, un film français de Jeanne Herry, avec Gilles Lellouche (Jean, assistant familial), Sandrine Kiberlain (éducatrice), Miou-Miou (coordinatrice), Élodie Bouchez (Alice, mère adoptive), Stefi Celma (assistante médicale).

Pupille, un docufiction très intéressant qui va de l’accouchement sous X jusqu’à l’adoption du bébé, et souligne l’attention portée au bien de l’enfant par les différents acteurs.
Comme par hasard, néanmoins, ceux-ci se félicitent du droit d’adopter donné aux « familles monoparentales » et, en l’occurrence, le nouveau-né sera confié à une femme seule, divorcée sans enfants…
(je croyais que le mot « famille » concernait un ensemble de personnes !)

Ne chipotons pas, ils auraient pu l’attribuer à une paire de même sexe, et regretter, en outre, que la mère biologique n’ait pas choisi l’avortement !

Décidément, Non, ce film n’est pas malsain, et l’on se réjouit, à l’accouchement, d’entendre la sage-femme et les infirmières dire : « c’est un garçon », sans attendre que ce nouvel individu choisisse de lui-même le genre auquel il voudra appartenir !

On rend grâce aussi à la réalisatrice d’avoir mis en scène le besoin d’une mère éprouvé par Théo, tristement « autiste » devant Jean, l’assistant familial qui s’occupe pourtant de lui avec beaucoup d’affection, alors que Mathieu sourit et commence à communiquer avec sa nouvelle maman…

Mais quel « garçon » ne rêverait pas d’être dans les bras d’Élodie Bouchez ?

 

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Capharnaüm

Art et Essai : Capharnaüm, un drame de Nadine Labaki, avec Nadine Labaki, Zain Alrafeea et Yordanos Shifera.

« Et toi, Capharnaüm (…) tu seras précipitée jusqu’aux enfers. Car, si les miracles accomplis chez toi l’avaient été à Sodome, elle serait encore là aujourd’hui ».

Pour moi, Capharnaüm, c’est d’abord cette petite ville de Galilée au bord du lac de Tibériade, où Jésus entama sa prédication et accomplit effectivement de nombreuses guérisons comme celle du démoniaque dans la synagogue, ou du fils du centurion qui n’était « pas digne de Le recevoir », ou encore du paralytique dont il « remit les péchés ».

Mais non, ce film se passe au Liban, et ce Capharnaüm relève plus prosaïquement du vocabulaire de maman quand elle pénétrait dans nos chambres d’enfants…

Capharnaüm, c’est une plongée dans la crasse et la misère des bidonvilles de Beyrouth.

Je remercie mon petit-neveu cinéphile, et quasi spécialiste, de m’avoir incité à aller voir ce docufiction sur le procès qu’un enfant intente à ses parents pour l’avoir mis au monde…
A vrai dire, il m’avait caché, ou n’avait pas évoqué, l’autre aspect du scénario, qui m’aurait rebuté, à savoir « la voix des migrants et des sans-papiers »…

Oui, les migrants et les sans-papiers sont des malheureux… Mais, comme le disait Michel Rocard, il n’est pas possible d’accueillir toute la misère du monde… et François Mitterrand évoquait le « seuil de tolérance ». La charité chrétienne, c’est « accueillir l’étranger » au singulier, ce n’est pas favoriser l’invasion de notre pays et la disparition de notre peuple au profit d’un Grand Remplacement.

En revanche le véritable sujet du film « interpelle » à savoir, la responsabilité des parents qui mettent au monde des enfants qu’ils n’ont pas les moyens de nourrir et d’éduquer.
L’alternative est simple, soit le malthusianisme totalitaire que prône le petit Zain, à savoir l’interdiction légale d’enfanter, que l’on imposera alors par tous les moyens (contraception obligatoire, stérilisation, avortement) ; soit s’en tenir d’abord au Tu ne tueras pas qui interdit l’IVG, avant de considérer, très écologiquement, qu’on ne s’oppose pas à la nature et que tout enfant est « don », ce qui conduit à lutter non pas contre la natalité mais contre le sous-développement, et cela s’appelle la re-colonisation !

Un amour impossible

A l’affiche, Un amour impossible, un drame de Catherine Corsini, avec Virginie Efira (Rachel), Niels Schneider (Philippe), Estelle Lescure et Camille Berthomier (Chantal),
adapté du roman éponyme de Christine Angot, autobiographie ou autofiction de l’auteur.

« Mon père et ma mère se sont rencontrés à Châteauroux, (…) »
Ces premiers mots de l’excellente bande annonce ne pouvaient que propulser les Berrichons que nous sommes à la première séance de ce film.

« C’est l’histoire d’un amour (…) c’est l’histoire d’un amour éternel et banal (…) »
Eh bien non… cet amour n’a rien de banal quand Rachel continue d’aimer et de se donner, jusqu’à être enceinte,  à cette ordure de Philippe qui lui répète qu’il ne l’épousera pas : « je te l’ai toujours dit – évidemment si t’avais été riche, c’aurait été différent ».

Une fois n’est pas coutume, je suis sorti de ce film beaucoup plus emballé que mon épouse qui « aurait pu ne pas le voir »…

J’ai aimé ce jeu d’acteurs remarquable, alors que Virginie Efira ne m’avait pas convaincu dans Un homme à la hauteur, Elle ou Victoria ; et je n’avais pas identifié Niels Schneider dans Gemma Bovery, Dalida ou Un peuple et son Roi.
J’ai été pris par ce film atroce, pour public averti, cette histoire d’abord stupide puis sordide, avec un Philippe pervers, « sûr de lui et dominateur » face à Rachel !
J’ai apprécié enfin son relent politiquement « incorrect », quand Chantal s’énerve contre sa mère : « Deux personnes dans une maison, c’est pas une famille »… vérité qui est sans doute à rapprocher de la prise de position officielle de Christine Angot, en 2014, contre la GPA.

Peut-être, toute socialiste qu’elle est, devrais-je essayer de lire un de ses livres ?

Le vent tourne

Art et Essai : Le vent tourne, un drame de Bettina Oberli, avec Mélanie Thierry, Pierre Deladonchamps, Nuno Lopes et Anastasia Shevtsova.

« Le vent souffle où il veut ; tu entends sa voix, mais tu ne sais ni d’où il vient, ni où il va ».
Bettina Oberli pensait-elle à ce propos de Jésus à Nicodème en réalisant Le vent tourne ?
Je me suis demandé en tout cas pendant toute la projection où la réalisatrice, et son vent, voulait-elle nous emmener.
J’étais allé voir ce film avec la conviction qu’il s’agissait d’une œuvre de propagande contre le réchauffement climatique pour l’implantation d’éoliennes ; et je ruminais avec délectation ma charge sur ce combat Don Quichottesque poussant à l’invasion de notre territoire – et précisément mon paysage berrichon – par ces nouveaux moulins à vent métalliques des temps modernes, ces « aéogénérateurs » selon la terminologie officielle.
Je suis donc sorti presque déçu de la séance, car les quelques scènes chaudes que j’ai pu voir ne devaient rien au climat ; quant à l’éolienne …
J’ose m’amuser à caricaturer ce scénario en écrivant qu’il l’accable de tous les maux : elle fait du bruit (ça c’est vrai), elle nuit à la santé des animaux, elle assèche l’herbe et le foin, elle brise les ménages, elle rend fou et relève du sectaire. peut-être même tue-t- elle…
Elle est en l’occurrence seulement prétexte à une histoire d’amour ou d’amours… et j’irais volontiers traire les vaches avec Mélanie Thierry, que j’avais déjà appréciée dans La Douleur.

Bref un film qui se laisse voir agréablement et m’a rappelé par certain côté l’excellent Petit Paysan de 2017.

Le Jeu

A l’affiche : Le Jeu, une comédie dramatique de Fred Cavayé, avec Bérénice Bejo, Suzanne Clément, Roschdy Zem et Grégory Gadebois ;
un remake d’un film italien de 2016, Perfetti Sconosciuti (littéralement « parfaits inconnus »).

« Qu’en un lieu, en un jour, un seul fait accompli
Tienne jusqu’à la fin le théâtre rempli ».

Le jeu, dont on dira d’abord qu’il est magnifiquement joué, répond à merveille au principe d’unité défini par Boileau. C’est une véritable pièce de théâtre.
Je craignais un « jeu de mains,  jeu de vilains », très au-dessous de la ceinture,  mais non. Même si la situation de chacun est scabreuse et si la société qu’on nous montre n’est pas un exemple pour les enfants, cette charge contre le portable vaut d’être vue, alors que j’aurais pu ne pas voir, en 2016, Radin du même réalisateur.
On ne joue pas avec des allumettes,  et nos portables que chacun gratte en tous lieux,  à longueur de journée, ont remplacé les allumettes que l’on ne gratte plus pour allumer un feu interdit dans la cheminée ou une cigarette interdite de fumer.
Ce jeu stupide qui dégénère nous rappelle bien évidemment la plaisanterie toute aussi stupide, en tout cas iconoclaste, du Prénom.
La fin aurait pu être plus optimiste… mais c’est quand même un très bon film avec la ravissante Bérénice Bejo et une mention spéciale pour l’excellent jeu d’acteur de Suzanne Clément qui méritera un oscar.

 

Vaurien

A l’affiche, Vaurien, un drame de Mehdi Senoussi, avec Mehdi Senoussi (Red), Jean-Michel Fête (Franck), Carlo Brandt (Raymond) et Romagne Bohringer (Max).

Vaurien, Eh bien si, ça vaut l’coup !
Certes nous sommes loin du monde de Mademoiselle de Joncquières, et de la marquise des Arcys…
Mais ce huis clos relève du très bon théâtre avec, à nouveau, son unité de lieu, de temps et ďaction.
On pourra gloser sur ce film de propagande qui banalise la France multiethnique et accuse, davantage qu’en filigrane, notre pays de racisme ; il est d’ailleurs soutenu par la Licra.
Il dénonce néanmoins la plus ou moins grande lâcheté de tous, avec Franck, le directeur de l’agence, en tête de pont, qui nous rappelle précisément ce triste commandant du Costa Concordia.
Que se serait-il passé en effet si chacun des otages, à l’instar de Raymond, avait refusé de se coucher ?
C’est vrai qu’en l’occurrence il n’y aurait pas eu de film…

Mademoiselle de Joncquières

A l’affiche, Mademoiselle de Joncquières, un film d’Emmanuel Mouret, avec Cécile de France (Mme de La Pommeraye), Edouard Baer (le marquis des Arcis), Alice Isaaz (Mademoiselle de Joncquières),
adapté de Jacques le Fataliste, de Diderot.

Vengeance, VENGEANCE, VENGEANCE… j’ai déjà eu l’occasion de rappeler cette fureur du Capitaine Haddock dans Le crabe aux pinces d’or.

La vengeance dit-on est un plat qui se mange froid, et Mme de la Pommeraye s’en délecte avec l’élégance du 18ème siècle dans le conte du « mariage saugrenu » que l’hôtesse nous rapporte au hasard d’un gite où Jacques et son maître avaient la nuit à passer.
A vrai dire, je partage le sentiment du valet sur cette « diable de femme ! Lucifer n’est pas pire » qui, sous le couvert très actuel du « Balance ton porc », assouvit en réalité un orgueil bafoué (« Cette merveilleuse Madame de La Pommeraye s’est donc faite comme une d’entre nous… ») et sa jalousie de n’être pas autant aimée que Mademoiselle de Joncquières, pour laquelle elle éprouve le plus grand mépris : « Qui êtes-vous ?  Que vous dois-je ? A quoi tient-il que je ne vous renvoie à votre tripot ?  Si ce que l’on vous offre est trop pour vous, c’est trop peu pour moi ».

C’est ce « mariage singulier » qu’Emmanuel Mouret nous restitue en images magnifiques avec les dialogues mêmes de Diderot… A voir absolument, et à faire voir aux collégiens et lycéens qui ont « le siècle des Lumières » au programme…

Une seule question : d’où vient ce nom de Joncquières que je n’ai pas retrouvé dans le roman où l’on lit pourtant bien ceux de La Pommeraye et du marquis des Arcis, tandis que la mère et la fille s’appelaient Duquênoi, qui tenaient leur commerce sous le nom de Mme et Mlle d’Aisnon ?