Faisons un rêve

Au cinéma Art et Essai, Faisons un rêve, de Sacha Guitry, avec Sacha Guitry (l’amant), Raimu et Jacqueline Delubac (le mari et sa femme).

« Et je m’en vais

Au vent mauvais

Qui m’emporte

Deçà, delà

Pareille à la

Feuille morte ».

Pourquoi ce Faisons un rêve me fait-il penser à la Chanson d’automne de Verlaine ? Peut-être est-ce l’historique même de cette pièce, quasi autobiographique,  jouée pour la première fois en 1916, avec Charlotte Lyses, la 1ère épouse de Sacha Guitry, et « conservée » au cinéma en 1936, avec la ravissante et charmante, la désirable – « avec ces yeux-là, avec ce sourire-là » – Jacqueline Delubac, la 3ème épouse… (non, non, ne vous méprenez pas… elles se sont succédées, Sacha Guitry n’était pas musulman et s’il a multiplié les femmes et les maîtresses, il n’avait pourtant pas de harem).

Faisons un rêve, c’est d’abord un exploit théâtral avec, notamment, un acte II ahurissant, un one man show de Guitry, un monologue qui remplit plus de dix pages d’un livre de poche. C’est aussi une leçon de bagout – comment faire la cour à une femme… – C’est en prose le « panache » de Cyrano de Bergerac, mais peut-être aujourd’hui tomberait-il sous le coup d’un « balance ton porc », tellement le féminisme exacerbé finit par détruire la féminité et la galanterie qui va de pair…

Faisons un rêve, c’est l’humour de Guitry… « Mon Dieu, que vous ririez, si vous aviez envie de rire ».

Faisons un rêve, c’est le rêve de prendre la vie au présent… « nous avons mieux que toute la vie, nous avons deux jours ! » (…) et l’acte IV de la pièce confirme  ( qui n’existe pas dans le film) : « Nous avons mieux que deux jours, nous n’avons plus que quelques heures… vite… profitons-en !!! »

RIDEAU

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Le Petit-Maître corrigé

Le Petit-Maître corrigé, théâtre au cinéma, une comédie en prose de Marivaux, mise en scène à la Comédie française par Clément Hervieu-Léger, avec Clément-Hervieu-Léger (Dorante), Loïc Corbery (Rosimond, le jeune marquis), Christophe Mortenez (Frontin, son valet), Claire de la Rüe du Can (Hortense), Adeline d’Hermy (Marton, sa servante), Florence Viala (Dorimène), et Dominique Blanc (la marquise, mère).

Après le débat sur la fidélité dans Mes Provinciales, il se trouve que Frontin revient sur ce sujet pour opposer la province et Paris, où « la fidélité n’est point sauvage (mais) galante, badine, qui entend raillerie, et qui se permet toutes les petites commodités du savoir-vivre (…) Je trouve sur mon chemin une personne aimable (…) je lui dis des douceurs, elle m’en rend ; je folâtre (…) la fidélité conjugale n’y est point offensée »…

Cette opposition entre les « bobos » parisiens de la première moitié du XVIIIe siècle et la noblesse provinciale constitue le sujet de la pièce de Marivaux, et l’on peut comprendre son « four » lors de la première représentation en 1734 (et dernière jusqu’à notre époque) à la Comédie française, tellement la société urbaine y est expressément ridiculisée.

Disons-le tout net, cette pièce, emberlificotée, est plutôt médiocre malgré son vocabulaire (une gasconnade, ce faquin), certaines expressions (A vue de pays, sa dignité de joli homme), des répliques « piquantes » et quelques échanges jouissifs qui fleurent bon l’ancienne France : Frontin (qui) est le singe de Rosimond parle de son original (…) on attrape toujours quelque petite fleurette en passant (…) A Paris les cœurs on ne se les donne pas, on se les prête (…) nous avons lié une petite affaire de cœur ensemble (…) une vapeur d’amourune vapeur se dissipe.

je n’ai, non plus, pas aimé la mise en scène qui fait courir les acteurs en permanence d’un bout à l’autre du plateau, lorsqu’ils ne se jettent pas par terre l’un sur l’autre. Je parlerais donc volontiers d’une « bonne » soirée plutôt qu’excellente.

Que dire ensuite des différents personnages ?

Hortense, d’abord, tellement « aimable », nous déçoit à la fin par sa façon d’utiliser Dorante, pour lui reprocher ensuite d’avoir voulu « profiter des fautes de (son) ami » ; on se demande en outre comment elle peut aimer ce « ridicule » de Rosimond. J’ai, pour ma part, considéré comme exagérées les « ridiculités » de ce marquis, avec son rire glapissant, stupide – pour ne pas dire autre chose – qui rappelle celui de Mozart dans Amadeus. Dorimène tient bien son rôle, mais les deux seuls personnages véritablement attachants sont la servante et le valet qui jouent particulièrement bien, et l’on s’amuse énormément à écouter Frontin « de la promotion de Lisette ».

Cette pièce, pour conclure, malgré son mariage arrangé (quoique ?) me paraît totalement d’actualité qui met face à face les Macron parisiens et les provinciaux ; elle illustre, en outre, le combat permanent que le péché originel – l’orgueil – fait à l’amour, et la victoire finale de celui-ci.

La Femme du boulanger

La Femme du boulanger, une comédie dramatique de Marcel Pagnol avec Raimu (Aimable Castanier, le boulanger), Ginette Leclerc (Aurélie, la femme du boulanger), Fernand Chapin (le marquis) et Delmont (Maillefer),
adapté d’un roman de Jean Giono, Jean le Bleu.

« Moi, je suis le berger »… Hélas ! non ! mais j’ai quand même passé deux heures amoureuses avec La femme du boulanger.
Le curé l’explique très bien : « Toute femme a besoin d’un berger. Si vous (les) empêchez de se réfugier auprès du Berger des âmes, elles s’envoleront avec un berger de moutons ».

Quelle merveilleuse soirée, dans le plus vieux cinéma du monde, à La Ciotat, à voir ou à revoir ce chef d’œuvre de 1938, présenté par Nicolas Pagnol, le petit-fils.

Je n’ai pas lu le conte de Giono, et je m’interroge sur ce qu’il est par rapport à ce long-métrage au cours duquel, avec Raimu, Pagnol pétrit la farce ou l’humour avec l’émotion et la réflexion profonde.

De Raimu, choquerais-je si je dis qu’il est le levain sans lequel la pâte cinématographique n’aurait peut-être pas pris, particulièrement éblouissant dans sa scène d’ivrogne ou, au contraire, lorsqu’il nous émeut au retour de sa femme.

De la farce et de l’humour, c’est encore Raimu mais ce sont aussi tous les autres personnages hauts en couleur, comme Angèle ou Patience Maillefer qui nous raconte sa pêche « aux marais de Bistagne » ; et ce sont encore toutes ces répliques pagnolesques qui émaillent les différentes scènes :

  • « déjà nos grands-pères ne savaient pas pourquoi (ils étaient fâchés), parce que ça venait de plus loin. Alors vous pensez que ça doit être quelque chose de grave ».
  • « Monsieur le curé, ce sont mes nièces !
    – Vous oubliez que je suis votre confesseur ».
  • « Elle se cachait si modestement que personne ne l’a jamais vue ».
  • « ta femme, avec les tétasses qu’elle a, c’est pas un berger qu’il lui faudrait, c’est un bouvier ! ».
  • « Le bon Dieu, je le respecte. Mais à partir d’aujourd’hui il m’en doit. Oui. Il m’en doit ».

Enfin la profondeur, et je pense au curé dont l’aspect caricatural peut heurter de prime abord, imputable sans doute à un certain anti cléricalisme de Pagnol, mais le boulanger a raison : « il sait parler, lui ».
Et c’est vrai qu’il sait parler.
Il sait parler de « la simplicité et la grandeur de nos prières. Elles ne demandent pas au Ciel de l’or, ni des diamants, ni des grades. Elles demandent du pain : Donnez-nous aujourd’hui notre pain quotidien ».
Il sait parler de la fragilité de l’homme : « Moi aussi, je pourrais me briser sur un roc ».
Il sait parler, enfin, de la Rédemption : « « Parce que vous croyez que votre bêtise vous met à l’abri de la bonté de Dieu ?  (…) Le châtiment de l’incroyant, ce sera peut-être le pardon de Dieu », formule qu’Aurélie reprendra à sa manière : « une bonté comme la tienne, c’est pire que des coups de bâton ».

80 ans plus tard, cette œuvre n’a pas pris une ride.

La Mort de Staline

La Mort de Staline, une comédie dramatique, anglo-française, de Armando Iannucci avec Steve Buscemi (Nikita Kroutchev), Simon Russel Beale (Beria), Michael Palin (Molotov), Jason Isaacs  (Maréchal Joukov), Adrian LcLoughlin (Joseph Staline), Rupert Friend et Andrea Riseborough (les enfants de Staline, Vasily et Svetlana),
d’après la BD éponyme de Fabien Nury.

Même si la loi Belin d’avril 1941 lui a donné un bon petit goût de révolution nationale, quoi de plus jouissif que de manifester le 1er mai en allant voir La Mort de Staline !

Certes René Belin avait été lui-même Secrétaire Général de la CGT en 1930 ;
relevons néanmoins que la loi de 1947, substituée à la première par la IVème République ( le « grand remplacement » juridique), porte la signature de Maurice Thorez,  Ministre d’État, vice-président du conseil, celui-là même qui avait été nommé secrétaire général du Parti Communiste en 1936, avant d’être porté « déserteur » en octobre 1939  (pacte germano-soviétique oblige) et d’aller se planquer, avec sa femme, en URSS  de juin 1940 à décembre 1944 !

La Mort de Staline, on se croirait dans Tintin au pays des Soviets, avec une bonne bouffée d’anticommunisme primaire ; anticommunisme, bien davantage – et c’est tant mieux –  qu’anti-Stalinisme quand on voit que les camarades et successeurs n’ont rien à envier au « Petit père des peuples ».
Une « fresque » historique, un « documentaire » dont l’humour rappelle celui de La vie est belle réalisé en 1998 par Roberto Benigni.

Le communisme, qu’on s’en souvienne, c’est, selon Stéphane Courtois dans Le livre noir du communisme, cent millions de morts dont vingt millions en U.R.S.S.

Croc-Blanc

Croc-Blanc, un film d’animation d’Alexandre Espigares,
d’après le livre éponyme de Jack London (1906).

Il m’a mis le pied à l’étrier. J’ai eu la tristesse d’assister la semaine dernière à la cérémonie funèbre de mon professeur d’équitation. Quand j’étais enfant, après la reprise, il m’accueillait dans son manoir où j’attendais que papa vienne me chercher en lisant, dans la Bibliothèque verte, les romans de Jack London.
Si le nom de Croc-Blanc m’est resté en mémoire, j’avoue ne rien avoir reconnu dans ce très beau film d’animation. Ais-je véritablement lu ce livre ? Ou quels autres?
Je suis en tout cas très heureux d’être allé à cette séance.

Les premiers pas du petit louveteau sont particulièrement magnifiques mais, n’en déplaise à la Najat et autre Marlène Schiappa, ce film est davantage pour les garçons que pour les filles avec quelques scènes de violences suggérées.
Au retour du cinéma, sur la route glissante de neige, l’ai rêvé de chiens de traîneau.

Les Fiancées en folie

Les Fiancées en folie, une comédie américaine de 1925, de Buster Keaton, avec Buster Keaton.

« Qu’en éternelle fiancée,
A la dame de mes pensées
Toujours je pense ».

Y a-t-il un plus beau mot de la langue française que celui de « fiancée », que Brassens a si joliment mis en musique. Il est synonyme de « promesse », ce que souligne d’ailleurs l’autre terme de « promise ». La comédie burlesque de Keaton, dont le titre américain originel est The Seven Chances, n’a pas ce romantisme, même si elle n’en est pas dénuée.

Il faut, comme moi, aimer les gags et grosses farces pour rire à gorge déployée devant les clowneries de Buster Keaton. Pour mon épouse, que ces pitreries n’amusent pas, le spectacle n’était pas sur l’écran mais à côté d’elle, à me voir et m’entendre.

Un petit film ou un DVD à regarder en famille, dès que les enfants savent lire (VOSTF), pour oublier pendant une heure la hausse de la CSG, que Rocard a créée il y a 15 ans à 1.1 %, et dont le taux de base, après les coups de pouce de Balladur, Juppé et Macron, atteint aujourd’hui 9.2 % !

Le sens de la fête

Le Sens de la fête, une comédie d’Éric Tolédano et Olivier Nakache,  avec Jean-Pierre Bacri, Gilles Lellouche, Eye Haidara, Hélène Vincent, Jean-Paul Rouve et Vincent Macaigne.

« Il faut s’adapter »… peut-être… aux mœurs et au langage de notre époque, néanmoins, « au jour d’aujourd’hui », comme ils sont nombreux à « pléonasmer », les comédies sont trop souvent vulgaires, au-dessous de la ceinture et je crains toujours « la tête (que fera) » mon épouse !
A moins que ce ne soit moi qui m’emporte devant un film de propagande qui nous assène le « vivre ensemble », et précisément ces Tolédano et Nakache nous ont déjà servi l’intouchable « Intouchables ».

Reconnaissons-le, non seulement aucun de ces deux reproches ne peut être fait à ce nouvel opus, mais même Bacri ne fait pas du Bacri !

Certes comme dans toutes les comédies, la fin traine en longueur et l’on sent que les réalisateurs ne savent pas comment terminer la fête, mais on rigole de bon cœur pendant toute la préparation de ce banquet de noces. On applaudirait presque en entendant le nouveau marié préciser au DJ qu’il ne veut pas de serviettes tournoyant au-dessus des têtes, comme l’américanisation de notre société l’impose maintenant dans tous les mariages, même les plus chics. Il y a aussi une pique bienvenue contre les discours interminables, même si le film a le tort de l’imputer au marié alors que c’est surtout ceux des amis, qui ne font rire qu’eux-mêmes, que nous devons subir, dans la réalité, en même temps qu’on nous projette sur grand écran des photos des tourtereaux à tous les âges.

Bref, une bonne satire pour tous publics.