Bienvenue en Sicile

Bienvenue en Sicile, une comédie historique de Pierfrancesco Diliberto alias Pif, avec Pif (Arturo), Miriam Leone (Flora) et Rosario Minardi (Lucky Luciano).

« La Démocratie, c’est nous ! » déclare un chef mafieux, nommé maire d’une petite commune par les autorités américaines qui viennent « libérer » la Sicile.

C’est le fait historique de la collaboration des Alliés avec la Mafia, en 1943, que raconte ce film actuellement distribué en France par SAJE dans seulement une quinzaine de salles dont une à Marseille, où nous sommes allés le voir.

Aux États-Unis, il y avait Lucky Luciano, mafieux italo-américain en prison, avec lequel le gouvernement troqua sa condamnation pénale contre l’aide de son réseau pour un débarquement en Sicile, et qui obtint dans cet échange que les mafieux emprisonnés par Mussolini soient sortis de prison et, pour nombre d’entre eux. mis à la tête des villages.

Cette charge contre l’armée américaine qui réinstalla Cosa Nostra à la tête de l’île, sortie en Italie en 2016, est dédiée à Ettore Scola, réalisateur italien mort la même année, proche du parti communiste… alors que le mafieux, cité en début de ce commentaire, présente la Mafia comme la seule opposition aux dictatures nazies, fascistes et communistes.
Est-ce un adieu de Pif à un grand réalisateur ou un hommage au communiste ?

Il n’en reste pas moins qu’en zoomant sur la Mafia « démocratique », Pif a pointé sa caméra sur la démocratie « mafieuse ».

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Gueule d’ange

Gueule d’ange, un drame de Vanessa Filho, avec Marion Cotillard (Marlène), Ayline Aksoy-Etaix (Elli) et Alban Lenoir (Julio).
6 nominations au Festival de Cannes.

C’est Marion Cotillard qui m’a attiré et, à regarder les premières scènes, j’ai commencé par le regretter amèrement jusqu’à m’en vouloir. D’ailleurs, après évidemment La Môme et Alliés, j’ai un mauvais souvenir de toutes les autres productions dans lesquelles, selon moi, cette actrice a servi de caution : Juste la fin du monde, Mal de pierre, Rock’n Roll et Les Fantômes d’Ismaël.

Qu’est-ce qui m’a donc pris d’aller voir, sans n’en rien savoir, cette Gueule d’ange, qu’en l’occurrence elle a perdu, à tout le moins, dans son rôle de mère dévoyée ?

Je commençais à avoir honte, me demandant comment j’oserais confesser cette absence de discernement… lorsque tout-à coup, ce docufiction m’a pris aux tripes. Je ne sais pas si c’est un bon film, c’est en tout cas un film épouvantable, d’un réalisme horrible, qui dépeint la relation entre une malade alcoolique, pour ne pas dire plus, et sa petite fille Elli qu’elle appelle Gueule d’ange.

 J’ai regretté au début d’être entré dans la salle… Je n’ai pas regretté de n’en être pas sorti précipitamment. C’est malheureusement la vraie vie, dans toute sa nudité, dans toute sa laideur, de certains déshérités tels qu’on en rencontre de temps en temps dans la rue. Et l’on s’étonne que l’école se satisfasse d’un message téléphonique, que le chauffeur de taxi ne bronche pas, et même que le brave forain, Julio, se contente de déposer Élli à son domicile.

Il faut avoir le cœur bien accroché… et le whisky est bienvenu une fois rentré chez soi.

Je m’interroge même, à notre époque où l’on interdit d’exhiber des animaux dans les cirques en raison de la souffrance qu’ils pourraient endurer… Comment peut-on laisser une enfant, dont on n’ose même pas nous donner l’âge, interpréter ce rôle et jouer dans ce film sans craindre les suites psychologiques d’une telle prestation. Le crime d’esclavage ne concerne-t-il que les « affreux colonisateurs » ?
Prions le Ciel, qu’adulte, Ayline ne devienne pas une Marlène !

 

Le Petit-Maître corrigé

Le Petit-Maître corrigé, théâtre au cinéma, une comédie en prose de Marivaux, mise en scène à la Comédie française par Clément Hervieu-Léger, avec Clément-Hervieu-Léger (Dorante), Loïc Corbery (Rosimond, le jeune marquis), Christophe Mortenez (Frontin, son valet), Claire de la Rüe du Can (Hortense), Adeline d’Hermy (Marton, sa servante), Florence Viala (Dorimène), et Dominique Blanc (la marquise, mère).

Après le débat sur la fidélité dans Mes Provinciales, il se trouve que Frontin revient sur ce sujet pour opposer la province et Paris, où « la fidélité n’est point sauvage (mais) galante, badine, qui entend raillerie, et qui se permet toutes les petites commodités du savoir-vivre (…) Je trouve sur mon chemin une personne aimable (…) je lui dis des douceurs, elle m’en rend ; je folâtre (…) la fidélité conjugale n’y est point offensée »…

Cette opposition entre les « bobos » parisiens de la première moitié du XVIIIe siècle et la noblesse provinciale constitue le sujet de la pièce de Marivaux, et l’on peut comprendre son « four » lors de la première représentation en 1734 (et dernière jusqu’à notre époque) à la Comédie française, tellement la société urbaine y est expressément ridiculisée.

Disons-le tout net, cette pièce, emberlificotée, est plutôt médiocre malgré son vocabulaire (une gasconnade, ce faquin), certaines expressions (A vue de pays, sa dignité de joli homme), des répliques « piquantes » et quelques échanges jouissifs qui fleurent bon l’ancienne France : Frontin (qui) est le singe de Rosimond parle de son original (…) on attrape toujours quelque petite fleurette en passant (…) A Paris les cœurs on ne se les donne pas, on se les prête (…) nous avons lié une petite affaire de cœur ensemble (…) une vapeur d’amourune vapeur se dissipe.

je n’ai, non plus, pas aimé la mise en scène qui fait courir les acteurs en permanence d’un bout à l’autre du plateau, lorsqu’ils ne se jettent pas par terre l’un sur l’autre. Je parlerais donc volontiers d’une « bonne » soirée plutôt qu’excellente.

Que dire ensuite des différents personnages ?

Hortense, d’abord, tellement « aimable », nous déçoit à la fin par sa façon d’utiliser Dorante, pour lui reprocher ensuite d’avoir voulu « profiter des fautes de (son) ami » ; on se demande en outre comment elle peut aimer ce « ridicule » de Rosimond. J’ai, pour ma part, considéré comme exagérées les « ridiculités » de ce marquis, avec son rire glapissant, stupide – pour ne pas dire autre chose – qui rappelle celui de Mozart dans Amadeus. Dorimène tient bien son rôle, mais les deux seuls personnages véritablement attachants sont la servante et le valet qui jouent particulièrement bien, et l’on s’amuse énormément à écouter Frontin « de la promotion de Lisette ».

Cette pièce, pour conclure, malgré son mariage arrangé (quoique ?) me paraît totalement d’actualité qui met face à face les Macron parisiens et les provinciaux ; elle illustre, en outre, le combat permanent que le péché originel – l’orgueil – fait à l’amour, et la victoire finale de celui-ci.

Mes Provinciales

Mes Provinciales, un « drame » de Jean-Paul Civeyrac, avec Andranic Manet (Étienne), Corentin Fila (Mathias) et Sophie Verbeeck (Annabelle).

Mes Provinciales, un tel titre ça donne à penser… d’autant qu’il y a quelques jours, nous sommes allés voir Escobar, mais cet Escobar-là n’avait rien à voir avec le Jésuite espagnol du même nom que Pascal prit pour cible dans ses « petites Lettres ». Il s’agissait pour le mathématicien-philosophe de dénoncer l’hypocrisie et « les petits arrangements » de la Compagnie de Jésus, comme celui, par exemple, de s’entendre sur une proposition avec tel contradicteur ou adversaire, sous réserve de se refuser à en définir les termes… La question est d’ailleurs toujours d’actualité… Quand nos papes, depuis St Jean-Paul II, évoquent les « droits de l’homme », expression reprise bêtement dans certaines « prières universelles », sont-ce les mêmes que ceux dont parlent nos politiciens et hommes des médias qui inscrivent dans la loi que l’avortement est un « droit de l’homme » ?

Ainsi dans le film on assiste à un débat sur la fidélité que chacun peut considérer comme une valeur fondamentale à partir du moment où l’on se garde de définir cette fidélité, et de dire si l’on parle de la fidélité à l’autre ou de la fidélité à soi…

Bref, vous l’avez compris, il s’agit d’une œuvre intello, avec tout ce que cet adjectif peut comprendre comme disputations de gauche (pardon pour l’oxymore). Annabelle, par exemple qui ne conçoit pas la révolution sans une action concrète quotidienne, comme l’accueil des migrants ou participer à la ZAD, et Mathias qui prétend exprimer sa révolte par le cinéma. Le film est très long, au cours duquel il ne se passe rien ; y a-t-il une véritable histoire ? j’évoquerais plus volontiers précisément un long-métrage d’ambiance, fait de bavardages et de lenteurs à nous montrer le mal-vivre de ces provinciaux à Paris. On y voit, comme maintenant presque toujours, les incontournables homosexuels (des deux sexes), et surtout Étienne, aux cheveux longs et crasseux, qui déambule persuadé de ne rien faire de bien, sous la mauvaise sujétion d’un « ami » qui dénigre tout. Les filles sont plutôt jolies – et faciles -.

Nous étions dix dans la salle en début de séance, et trois sont sortis avant la fin. Mon épouse s’est ennuyée qui a trouvé Étienne « ch… »… J’ai souri, me disant in petto : « comme le reste… ».

On pense à Godard ou aux Chroniques d’un été de Jean Rouch… Sans doute le réalisateur a-t-il dû s’en inspirer avec cette production bien datée – on cite Macron et Fillon – pour célébrer à sa manière le cinquantenaire de mai 68.

La Femme du boulanger

La Femme du boulanger, une comédie dramatique de Marcel Pagnol avec Raimu (Aimable Castanier, le boulanger), Ginette Leclerc (Aurélie, la femme du boulanger), Fernand Chapin (le marquis) et Delmont (Maillefer),
adapté d’un roman de Jean Giono, Jean le Bleu.

« Moi, je suis le berger »… Hélas ! non ! mais j’ai quand même passé deux heures amoureuses avec La femme du boulanger.
Le curé l’explique très bien : « Toute femme a besoin d’un berger. Si vous (les) empêchez de se réfugier auprès du Berger des âmes, elles s’envoleront avec un berger de moutons ».

Quelle merveilleuse soirée, dans le plus vieux cinéma du monde, à La Ciotat, à voir ou à revoir ce chef d’œuvre de 1938, présenté par Nicolas Pagnol, le petit-fils.

Je n’ai pas lu le conte de Giono, et je m’interroge sur ce qu’il est par rapport à ce long-métrage au cours duquel, avec Raimu, Pagnol pétrit la farce ou l’humour avec l’émotion et la réflexion profonde.

De Raimu, choquerais-je si je dis qu’il est le levain sans lequel la pâte cinématographique n’aurait peut-être pas pris, particulièrement éblouissant dans sa scène d’ivrogne ou, au contraire, lorsqu’il nous émeut au retour de sa femme.

De la farce et de l’humour, c’est encore Raimu mais ce sont aussi tous les autres personnages hauts en couleur, comme Angèle ou Patience Maillefer qui nous raconte sa pêche « aux marais de Bistagne » ; et ce sont encore toutes ces répliques pagnolesques qui émaillent les différentes scènes :

  • « déjà nos grands-pères ne savaient pas pourquoi (ils étaient fâchés), parce que ça venait de plus loin. Alors vous pensez que ça doit être quelque chose de grave ».
  • « Monsieur le curé, ce sont mes nièces !
    – Vous oubliez que je suis votre confesseur ».
  • « Elle se cachait si modestement que personne ne l’a jamais vue ».
  • « ta femme, avec les tétasses qu’elle a, c’est pas un berger qu’il lui faudrait, c’est un bouvier ! ».
  • « Le bon Dieu, je le respecte. Mais à partir d’aujourd’hui il m’en doit. Oui. Il m’en doit ».

Enfin la profondeur, et je pense au curé dont l’aspect caricatural peut heurter de prime abord, imputable sans doute à un certain anti cléricalisme de Pagnol, mais le boulanger a raison : « il sait parler, lui ».
Et c’est vrai qu’il sait parler.
Il sait parler de « la simplicité et la grandeur de nos prières. Elles ne demandent pas au Ciel de l’or, ni des diamants, ni des grades. Elles demandent du pain : Donnez-nous aujourd’hui notre pain quotidien ».
Il sait parler de la fragilité de l’homme : « Moi aussi, je pourrais me briser sur un roc ».
Il sait parler, enfin, de la Rédemption : « « Parce que vous croyez que votre bêtise vous met à l’abri de la bonté de Dieu ?  (…) Le châtiment de l’incroyant, ce sera peut-être le pardon de Dieu », formule qu’Aurélie reprendra à sa manière : « une bonté comme la tienne, c’est pire que des coups de bâton ».

80 ans plus tard, cette œuvre n’a pas pris une ride.

Everybody knows (Todos lo saben)

Everybody knows : un drame espagnol de AsgharFarhadi,
avec Pénélope Cruz (Laura, la mère d’Irene), Javier Bardem (Paco), Ricardo Darin (Alejandro, le mari de Laura), Carla Campra (Irene).

Deux films de suite avec le couple Pénélope Cruz / Javier Bardem, Escobar et Every knows, et deux très bons scénarios.

C’est aussi le deuxième long-métrage que je vois de ce réalisateur iranien, mais j’aurais pu ne pas voir Le Client, que mon épouse, pour sa part, avait bien aimé. Ce cinéma-là est d’une autre trempe même si, comme dans le précédent, au-delà de l’histoire policière, Asghar Farhadi veut certainement exprimer des convictions ou, à tout le moins, poser des questions. Alejandro nous explique avoir été personnellement sauvé par Dieu et avoir lui-même sauvé la petite Irene d’un avortement… Au lendemain du Oui irlandais au permis de tuer des innocents, quand on voit la passion de Laura pour sa fille, ce thriller mérite d’autant plus son « ouverture du Festival de Cannes », et ses différentes nominations.

Escobar

Escobar : un thriller espagnol de Fernando Léon de Aranoa, avec Javier Bardem (Pablo Escobar), Pénélope Cruz (Virginia Vallejo, journaliste), Julieth Restrepo (l’épouse d’Escobar),
d’après le livre « Loving Pablo, Hating Escobar »  de Virginia Vallejo.

« La drogue, ça se vend, mais ça ne se prend pas »… C’est la leçon de Pablo Escobar à son fils, en précisant sur ce sujet de bien écouter Nancy Reagan.

Cartel, en 2013 avec déjà Pénélope Cruz, m’avait paru un mauvais film, compliqué, et j’avais regretté de voir ainsi gâché le sujet intéressant du trafic de drogue au Mexique.
En revanche j’avais apprécié en 2015 un autre film sur ce sujet, Sicario de Denis Villeneuve. De même je recommande vivement aujourd’hui ce biopic sur ce roi colombien de la drogue.

Vous avouerais-je que j’ai (pas mon épouse) pris parti pour lui  pendant les trois premiers quarts du film, jusqu’à ce que sa violence le submerge, et qu’avec ses « collaborateurs », je me demande presque « pourquoi pas moi, demain ? ».

Violence et sexe, mais aussi de l’humour… et surtout de l’Histoire – les années 80 en Colombie –.

D’après ce qu’elle dit, c’est Escobar qui avait demandé à son amante d’écrire son histoire. Qu’il en soit remercié, puisque après elle j’ai envie de répéter : « j’aime Pablo, je hais Escobar ».