La Fille de Brest

La Fille de Brest, un film d’Emmanuelle Bercot, avec Sidse Babett Knudsen et Benoît Magimel,
d’après l’histoire vraie de l’affaire du Mediator des Laboratoires Servier,
racontée par le Docteur Irène Frachon, pneumologue, dans son livre Mediator 150 mg : Combien de morts ?  (Sous-titre censuré de juin 2010 à janvier 2011).

Il pleut sans cesse sur Brest
Comme il pleuvait avant
Mais ce n’est plus pareil et tout est abîmé
C’est une pluie de deuil terrible et désolée.

 Je l’ai déjà écrit, les filles (du train, inconnue, du Moyen Âge…) se suivent et ne se ressemblent pas, on pourrait aussi dire qu’une fille peut en cacher une autre…
Celle de Brest, en tout cas me fait penser à la Barbara de Prévert, avec une « pluie de deuil » qui pourrait être la litanie des 500 morts attribuées au Médiator.

J’avoue ne pas avoir prêté attention, en son temps, à cette affaire, aux Laboratoires Servier et au docteur Frachon, que je découvre donc à travers cette charge cinématographique.

En ce sens ce film est de la même veine que Au nom de ma fille ou Deepwater ! Et l’on constate, à nouveau, que les responsables et coupables n’ont encore écopé d’aucune condamnation pénale… « Selon que vous serez puissant ou misérable (…) ».

Et puisqu’on est dans les scandales sanitaires…
A quand un film sur le sang contaminé à la fin duquel on lira que le 1er ministre de l’époque, Laurent Fabius, aura terminé sa carrière en tant que Président du conseil Constitutionnel ?
A quand un biopic sur Roselyne Bachelot, ministre de la santé du gouvernement Fillon qui a voulu acheter par millions des vaccins contre la grippe H1N1 et dont on sait qu’elle a passé plus de dix ans d’activité professionnelle au service de l’industrie pharmaceutique ?

Ce film pointe en effet du doigt le lobby des laboratoires pharmaceutiques et leur collusion avec les Autorités de santé qui dictent leurs décisions aux « responsables » politiques.
Les Laboratoires Servier n’en étaient pas à leur première affaire, puisque l’Autorisation de Mise sur le Marché d’un précédent médicament coupe-faim, l’isoméride, avait été suspendue en 1997.
Comment ont-ils pu influencer si longtemps la décision de l’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps) (devenue depuis cette affaire l’ Agence nationale de sécurité du médicament – ANSM) ?
Irène Frachin a été menacée d’être radiée du conseil de l’Ordre comme aujourd’hui le Professeur Joyeux qui met en garde contre certaine vaccinations que le ministre – actuel – de la santé Marie-Sol Touraine veut rendre obligatoires !
Le principe de précaution que Jacques Chirac a fait inscrire dans la constitution et qui nous est servi à toutes les sauces ne semble pas avoir cours chez les autorités politico-médicales et d’ailleurs la même Marie-Sol Touraine vient de libéraliser le don du sang pour les populations que l’on appelle – par euphémisme – « à risque ».

En sortant du cinéma, je me suis senti l’envie irrésistible d’interdire à mon médecin traitant de me prescrire un quelconque médicament sorti des Laboratoires Servier et j’espère que le succès de ce film va porter préjudice à cette entreprise, malheureusement une entreprise française !

Si l’on excepte quelque deux scènes un peu « crues » dans tous les sens du terme qui peuvent donner au spectateur un besoin pressant de sortir comme le jeune avocat de la salle d’autopsie,
nous sommes néanmoins en présence d’un magnifique film d’amour. C’est le professeur Jérôme Lejeune qui disait : « La médecine, c’est la haine de la maladie et l’amour du malade » et l’on entend le docteur Frachon nous donner un à un tous les prénoms de ses malades victimes de valvulopathie. On est d’ailleurs ébloui par la beauté de Sidse Babett Knudsen, « souriante, épanouie, ravie », que j’avais déjà remarquée dans L’hermine et que l’on voit ici performer sous tous les registres, enjouée, enflammée, en colère ou en train de faire le pitre.

En ce début du mois de décembre, je peux sans doute commencer à m’interroger sur le meilleur film de l’année parmi la centaine que j’aurai vue. C’est peut-être précisément « La fille de Brest ».

Rappelle-toi cela Barbara.

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Tu ne tueras point

Tu ne tueras point, un film de guerre de Mel Gibson, avec Andrew Garfield,
d’après l’histoire vraie de Desmond Doss.

Ce nouveau film de Mel Gibson renvoie à la violence de La Passion du christ.

La boucherie de la bataille de l’île d’Okinawa qui opposa les Américains aux Japs, au 2ème trimestre 1945, n’a rien à envier apparemment à celle des tranchées de la 1ère guerre dont nous célébrons le centième anniversaire.

L’objecteur de conscience Desmond Doss nous apparaît d’abord comme simplet, gentillet, illuminé, et l’on apprendra par la suite qu’il est végétarien. A vrai dire, comme ses camarades de chambrée, je n’ai éprouvé véritablement aucune empathie pour lui, et j’ai craint, malgré les critiques que j’avais lues ou entendues, un film  bisounours américano-américain.

Et puis l’infirmier Doss arrive, qui va prier avant la bataille et donne ensuite toute son énergie à secourir ses camarades déchiquetés, brûlés, rongés par les rats, armé de sa seule Bible, de plasma, de morphine et de sa science des garrots ; il mérite, par sa piété, son courage et son abnégation, la béatification immédiate. Dommage qu’il soit adventiste !

Il est très rare d’avoir envie d’applaudir à la fin d’un film ; je l’ai éprouvée cette fois-ci, non pas pour le film lui-même qui se complait peut-être un peu trop dans une violence extrême, mais applaudir le saint que celle-ci met en valeur.

Cet objecteur de conscience, « Monsieur le Président »  n’est pas un « déserteur » !

Dommage, encore une fois, qu’il soit un adventiste que l’Église, à ce titre, ne peut certainement pas canoniser,
mais la Communion des Saints nous enseigne que ce Desmond Doss, nouvelle et véritable « Jeanne d’Arc » américaine de la Guerre du Pacifique, est évidemment  aujourd’hui au Paradis.

 

Les têtes de l’emploi

Les têtes de l’emploi, une comédie d’Alexandre Charlot et Franck Magnier, avec Franck Dubosc, Elsa Zylberstein, François-Xavier Demaison.

Hier, au moment même où les électeurs de-la-droite-et-du-centre étaient en train de radier définitivement un « sénior » chercheur d’emploi, nous étions, nous-mêmes, par la magie du cinéma, précisément à Sablé-sur-Sarthe, dans une agence de l’ANPE où les « fonctionnaires » locaux avaient trouvé le moyen d’ « inverser la courbe du chômage » !

Après un générique mémorable et un début prometteur, sur une idée originale, les réalisateurs s’engluent dans un scénario dont ils ne savent manifestement pas comment sortir…

Selon sa « sensibilité » chacun interprétera le présage de ce film. Ce n’est pas le lieu pour moi, ici, de dire ce que j’en pense, mais j’hallucine – comme on le jargonne maintenant – sur l’unité de temps et de lieu (sortie 16 novembre, Sablé-sur-Sarthe) avec l’actualité !

En fait, à sa façon, cette comédie traite du même sujet que Moi, Daniel Blake, à savoir la relation « compliquée » – Avez-vous remarqué qu’aujourd’hui tout est « compliqué » ? –
la relation « compliquée » entre les chercheurs d’emploi et ceux dont l’emploi devrait être d’être des « trouveurs d’emploi ».
Comme toujours, il y a beaucoup de « chercheurs » et peu de « trouveurs » !

J’avais dit que l’idée particulièrement intéressante de Moi, Daniel Blake avait été mal exploitée pour nous donner un film que j’ai trouvé médiocre (avis personnel opposé à celui d’excellents critiques comme de mon épouse). De même l’idée inédite et amusante des têtes de l’emploi a été gâchée par un scénario insuffisamment travaillé et des dialogues par trop vulgaires.

Dommage ! la synthèse de ces deux réalisations, photographies de notre époque, aurait sans doute pu nous donner un véritable « film de l’année ».

Une vie

Une vie, un drame de Stéphane Brizé, avec Judith Chemla, Jean-Pierre Darroussin, Yolande Moreau et Clotilde Hesme, d’après le roman Une vie de Guy de Maupassant

 « Je hais les mensonges qui vous ont fait tant de mal ».
C’est ce qu’aurait pu dire le prêtre à Jeanne de Lamare qui s’insurgeait contre les mensonges dont elle était la victime et quelque autre qu’elle découvrait autour d’elle.

C’est en effet le mensonge qui est la trame de l’histoire,
avec les questions qu’il pose sur l’exigence du pardon mais aussi sur l’exigence de la vérité… Celle-ci impose-t-elle de dénoncer le mensonge devant les victimes inconscientes (et innocentes) ?

Un film aussi sur la déchéance d’une famille aristocratique dans la 1ère moitié du XIXe siècle, dévorée par l’adultère, le goût des femmes (il faut avouer que l’on se damnerait bien pour Gilberte de Fourville) et le gaspillage de l’argent.

Un film enfin sur la succession des bonheurs et des malheurs – la vie n’est pas « un long fleuve tranquille » – dont  Rosalie  tire une conclusion pleine de sagesse et d’espérance :
« La vie, voyez-vous, ça n’est jamais si bon ni si mauvais qu’on croit ».

 Bref, malgré peut-être quelques petites longueurs et à nouveau une chronologie démontée par les flash-back (apparemment c’est le virus actuel des réalisateurs),  un film magnifique de Stéphane Brizé dont on se souvient avoir déjà vu Mademoiselle Chambon.

 

Le Pape François

Le pape François, un biopic de Beda Docampo Feijóo,
d’après le livre « Francisco – Vie et révolution » d’Elisabetta Piqué.

Au moment même où les finalistes de la « Primaire de la Droite et du Centre » entamaient leur combat fratricide en s’arrachant le pape François, est-ce le Saint-Esprit, pour les départager, qui m’a conduit dans une salle de cinéma projetant son biopic ?

Il s’agit, en effet et là encore, dans ce film, d’une histoire d’élections qui nous fait assister à deux conclaves pour un seul pape, et je m’interroge à nouveau sur le bon grain et l’ivraie. Comment démêler le vrai du faux ? Qu’est-ce qui relève du fait historique et qu’est-ce qui relève du roman cinématographique ?

Je croyais les cardinaux tenus au secret du conclave ; j’espère, si l’histoire est vraie, qu’ils respectent mieux le secret de la confession !

Ce petit monde ne semble rien avoir à envier à la classe politique,
même si j’avoue ne pas avoir compris le jeu de bonneteau qui aurait immobilisé les voix progressistes du cardinal Bergoglio pour faire élire le conservateur Joseph Ratzinger en 2005 et lui succéder en 2013 !
Sans doute faudrait-il lire le livre d’Élisabetta Piqué ?

Toujours est-il que c’est à cette élection que le film s’arrête et en cela le titre du film relève de la publicité mensongère, qui aurait dû s’appeler tout simplement « Le père Jorge ».

Qu’en dire de plus si ce n’est le rappel qu’il est un « fils d’immigré », mais les scènes de jeunesse montrent une famille de petite bourgeoisie bien intégrée ; il est, ou sera, « le pape des pauvres » et il refuse la pompe pontificale à commencer par les souliers rouges… Là encore je ne suis pas ému par ce genre d’attitude, dès le 1er jour, qui affiche un refus d’obéissance à des rites séculaires… On peut en discuter : humilité ou orgueil ?

La Fille inconnue

La fille inconnue, un thriller de Luc et Jean-Pierre Dardenne, avec Adèle Haenel et Christelle Cornil.

 Après La fille du train et Mademoiselle, et en attendant que les distributeurs se décident à programmer Les filles du Moyen-Âge avec Michael Lonsdale,
les filles se suivent et ne se ressemblent pas, et c’est tant mieux…

C’est Pierre Perret qui chantait « les filles, les filles, les filles ça me tuera » en même temps que Jacques Dutronc, J’aime les filles.

Et c’est vrai que depuis Les combattants pour la première et Au nom de ma fille, pour la seconde, on aime Adèle Haenel et Christelle Cornil… Elles nous ont plu hier, chacune dans leur rôle, le docteur Jenny Davin  et la mère de Bryan… et Félicie, aussi…

 Ce thriller, c’est l’histoire du temps qui passe et d’une porte fermée que l’on n’a pas ouverte…

Je me réjouis d’avoir pris le temps d’ouvrir celle du cinéma.

 

Mademoiselle

Mademoiselle, un thriller érotique coréen de Park Chan-Wook,
d’après un roman anglais, Du bout des doigts, de Sarah Waters.

Malgré son nom, il ne s’agit pas d’un film pour demoiselles !

D’abord, reconnaissons-le, je suis incapable de suivre en VOST ces films aux dialogues logorrhéiques… soit on regarde la scène, soit on lit…

Ensuite ce film relève encore d’une mise en scène puzzle qui rend difficile la compréhension de l’histoire, déjà fort compliquée.

Il est en outre particulièrement long : 2H25 !

Enfin, sans aucun avertissement, il s’agit d’un film particulièrement érotique – et violent – autour de personnages pervers avec des héroïnes japonaise ou coréenne mais surtout issues de l’île de Lesbos !